le plus sçavant des oyseaulx

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  • anfiopy : Excellent site, added to favorites!!...
  • Anthony : Bonne continuation :)
  • sancho : oyseaulx, j'ai découvert la mine d'argent (peut-être d'or) de vos cours. J'y ai déjà laissé une trace de mon passage.
  • Ritoyenne : Un ptit coucou, je passe souvent :)
  • Ritoyenne : Oyseaulx sont bons compagnons.
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études sçavantes

Réponses aux objections

Mardi 09 Novembre 2010.

Petit lexique à l'usage de ceux ou celles qui prétendent continuer à vivre malgré les menaces que fait peser sur leur existence l'obscurantisme ambiant, et composé à leur intention par quelque sçavant oyseaul

précédée d'une lettre de l'auteur, relative au génie de la langue chinoise et révélant les noirs desseins des impérialistes pour tromper le peuple



Salut Oyseaulx !

J'espère que tu vas bien depuis l'autre jour. Je t'envoie ce beau diaporama, c'est un dépaysement dans la couleur absolument magnifique.
Lexiaguo pourrait s’écrire 乐下国 en caractères simplifiés, ou 樂下國 en caractères traditionnels, et signifier « le pays (qui est placé) sous les bonheurs », ou « les bonheurs (qui descendent) sur le(s) pays » ; il n'y a aucune différence entre les deux sens du point de vue de la grammaire du chinois. A savoir que 乐, ou 樂, se prononce le et signifie le bonheur. Comme on voit dans la rue des petits champs, à Paris, où un restaurant porte le nom de 百樂, graphie qui laisse penser que ses propriétaires ont quitté leur pays avant 1958 ou viennent de Taiwan ou de la diaspora, et signifie les cent bonheurs. Ensuite, que 下, xia, signifie descendre, c’est ainsi que il pleut se dit 下雨 xia yu, et il neige 下雪 xia xue. Notez, au passage, que le caractère雪 xue, la neige, renferme le caractère 雨 yu, la pluie, la graphie rendant ainsi sensible le lien logique entre ces deux représentations, ce que nos langues ne sauraient faire. Quant au caractère 下 xia, il s’emploie indifféremment comme verbe, au sens de descendre, aussi bien transitivement qu’intransitivement, et comme préposition, au sens de en-dessous de, à ceci près que la différence de ces deux emplois sera néanmoins rendue sensible, en chinois, par la place qu’il occupe par rapport à son régime ; ainsi 下梯 xia ti voudra dire descendre l’escalier, mais 梯下 ti xia, sous l’escalier (dans la langue actuelle, on dira plus correctement 梯下边 ti xiabian, ou encore 梯下面 ti xiamian,  voire 梯的下边 ti de xiabian et 梯的下面 ti de xiamian, qui paraissent plus corrects ; je ne suis du reste pas certain qu’on puisse employer 梯 ti ainsi tout seul au sens d’escalier dans la langue actuelle et s’il ne faut pas lui ajouter un autre caractère). Par où voyez que n’existe, dans la langue, nulle différence nécessaire entre verbes et prépositions et que dicte différence est pure imagination feinte par impérialistes pour tromper le peuple. Enfin que 国 (graphie traditionnelle 國 qui renferme la clef de la hallebarde 戈 ge) guo signifie le pays. Savez que yunnan s’escript 云南 et signifie le Sud 南, nan, des nuages, 云 yun. Par où voyez que n’existe nulle distinction de nombre singulier ou pluriel, qui est autre invention de professeurs jésuites de rhétorique galante et fallacieuse par où cherchent prendre oyseaulx dans rets du cygnifiant.

Je suis actuellement dans un projet pictural, en souhaitant que je vendrais mes tableaux. Soit on escript en langue sçavante, soit l’on respecte l’emploi des modes propre à la langue vulgaire.

Peux tu m'écrire comment on écrit : LA VIE en arabe  et en chinois, de façon à ce que je puisse reproduire tes caractères. Merci beaucoup pour ta coopération.

La vie se dit exactement comme le verbe vivre 活, huo. A quoi doit probablement s’ajouter en l’occurrence le caractère 着 zhe, graphie traditionnelle 著, comme marque du duratif. Voyez par là que n’existe nulle différence entre nom et verbe, qui est simple fiction grammaticale des ennemis du peuple à fins que vous laisse deviner. Sur tous ces poincts, voyez la sçavante dissertation qu’avons composée à votre intention et que trouverez en annexe. Examinerons cas de arabe en autre occasion. Pas sûr que bonne idée mélanger arabe à chinois.
    Savez que M. Polotski se trouve banni des bibliographies savantes pour avoir soutenu que propositions indépendantes n’existent pas en égyptien ? Ce qui ébranla fondements de linguistique anglo-saxonne ?

Dissertation jointe aux présentes.

Petit lexique à l'usage de ceux ou celles qui prétendent continuer à vivre malgré les menaces que fait peser sur leur existence l'obscurantisme ambiant, et composé à leur intention par quelque sçavant oyseaul

活              huo, deuxième ton, vie ; graphiquement, ce caractère est celui de la langue (舌, she, deuxième ton), affecté de la clef de l'eau, 水, shui, troisième ton.

活着   huozhe (zhe atone), être en vie, (continuer à) vivre (titre d'un film) ; noter que zhe 着, dont le caractère traditionnel est 著, est, ici, la marque du duratif, ou, selon la linguistique inféodée à l'impérialisme nippon, un suffixe duratif, mais, selon le collectif des oyseaulx sçavans, il n'y a pas de suffixes en chinois, car le chinois n'est pas, comme le japonais ou le turc, une langue agglutinante ; zhe est donc un mot comme un autre, mais c'est un mot grammatical, dont la fonction est structurelle, non sémantique, comme diraient le regretté Abel Rémusat et le non moins regretté Wilhelm von Humboldt, ainsi qu'on voit dans leur correspondance, et oui, les oyseaulx connaissent tout ;

云              yun, deuxième ton, nuage ;
南              nan, deuxième ton, sud ;

云南         yunnan, le Sud nuageux (nom de l'une des dix-huit provinces de l'ancienne Chine ; elle a conservé son nom dans la Chine actuelle) ;

乐              le, atone (?), plaisir, bonheur ; ce caractère se prononce aussi yue, quatrième ton, dans des combinaisons différentes ;

下             xia, quatrième ton, en-dessous (en ce sens, ne peut s'employer seul en langue moderne ; il faut dire xiabian 下边, ou xiamian 下面), descendre ; de notre point de vue occidental, il sera considéré comme un verbe lorsqu'il est placé devant son régime, et comme une préposition lorsqu'il est placé après) ;

国                  guo, deuxième ton, pays ;

乐下国          lexiaguo, « le pays (qui est placé) sous les bonheurs », ou « les bonheurs (qui descendent) sur le(s) pays » ; il n'y a aucune différence entre les deux sens du point de vue de la grammaire du chinois (!) ;

樂下國          lexiaguo, cette fois, en caractères traditionnels;

百樂            baile (?), « les cents bonheurs » (ou : « les cent saveurs », « les cent parfums », mais il y aurait d'autres mots possibles pour exprimer cela, par exemple 味, wei, saveur) ;

快乐              kuaile, joyeux, agréable, « convivial » ;

快樂              kuaile, en caractères traditionnels.

oyseaulx | 00 h 21 | Rubrique : études sçavantes

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Jeudi 28 Mai 2009.

nous avons trouvé

comprenne qui pourra

oyseaulx | 22 h 33 | Rubrique : études sçavantes

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Samedi 04 Avril 2009.

perspectiva artificialis

naturaliter quidem adornata



 

oyseaulx | 17 h 20 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 05/04/09 à 17 h 25

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Vendredi 27 Février 2009.

Vîtes-vous onques lune au troisième jour de la lunaison ?

observation d'une conjonction avec Vénus

    La Lune, en conjonction avec Vénus, photographiée ce vendredi 27 février. L'âge de la Lune est d'environ soixante heures icy. C'est-à-dire que la Lune est à quelque 30° à l'orient du Soleil, qui vient de se coucher.




 

    Les oyseaulx s'excusent de se faire lire si peu, et prient leurs lecteurs de croire que sont fort occupés :
 

oyseaulx | 22 h 09 | Rubrique : études sçavantes

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Mardi 16 Décembre 2008.

giovanni di stefano et la question de l'antériorité d'Hermès sur MoÏse

in criticam Eugenio Garin et quorundam aliorum qui Africam Asiae postponunt

    A l'occasion d'une récente discussion, nous eûmes l'occasion d'évoquer la référence hermétique dans la culture florentine des années 1460, qui inspira à Eugenio Garin la réflexion suivante :

    « Mais il y eut également, dans les années 1480, la grande marqueterie de Giovanni di Stefano sur le pavement du Dôme de Sienne : une extraordinaire représentation qui consacre la résonance du travail ficinien et dont on ne peut oublier ce péremptoire Hermetis (sic) Mercurius Contemporaneus Moyse, clair avertissement pour qui voulait le considérer antérieur à Moïse et son inspirateur, comme le fit précisement plus tard Lazzarelli en faisant appel à l'autorité de Diodore de Sicile (« ante Mosis aetatem ut liquide (« liquido » (!) dans l'imprimé) ex Diodori libris colligi potest »). (Eugenio Garin, Hermetisme et Renaissance (1988), traduction française, Paris, 2001, p. 75).

    Il nous semble, au contraire, que le document invoqué établit clairement cette antériorité d'Hermès à l'égard de Moïse et nous discernons, dans la remarque de Garin, la persistance des préjugés antikémites qui inspirent une bonne partie de l'historiographie occidentale. Examinons ce document, qui est donc une marqueterie du pavement de la cathédrale de Sienne, représentant Hermès Trismégiste et Moïse.


Voici les textes qu’on lit dans les trois médaillons, suivis de leur traduction. Dans la main d’Hermes :

deus omnium creator
secum deum fecit
visibilem et hunc
fecit primum et solum
quo oblectatus est et
valde amavit proprium
filium qui appella
tur
sanctum verbum

traduction :

dieu de toutes choses le créateur
en même temps que lui engendra un dieu
visible et celui-ci
il engendra le premier et le seul
en qui il trouva son plaisir et
qu'il aima beaucoup comme son propre
fils qui s'appelle

le Verbe sacré

en-dessous, dans la vignette :

HERMIS MERCURIUS TRIMEGISTUS
CONTEMPORANEUS MOYSI

dans la main de Moïse :

susci
pite
<o>li
<c>te
ras
et le
ges
egip
tie


c'est-à-dire :

suscipite literas et leges egiptie
(an : egiptil ?)

traduction :

recevez les lettres et les lois de l'Egypte

    Il s'ensuit clairement qu'aux yeux de l'auteur des vignettes, les Hébreux ont reçu leur littérature et leur législation des mains de leurs maîtres égyptiens.

oyseaulx | 21 h 22 | Rubrique : études sçavantes

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Mardi 23 Septembre 2008.

Sur l'origine et le sens du mot « paradis »

gloses indo-iraniennes

    Dans un livre de Pierre Lecoq, professeur d'épigraphie achéménide à l'Ecole pratique des hautes études, intitulé Les inscriptions de la Perse achéménide, Paris, 1997, on lit, à la page 116 :

    « On sait par les auteurs grecs que les souverains mèdes et perses se faisaient aménager de vastes réserves d'animaux sauvages où ils pouvaient chasser à loisir. Ces parcs naturels sont appelés παράδεισος. C'est une adaptation du mot iranien *pari-daiza, dont l'étymologie est claire. Le premier élément, pari-, signifie « autour » (grec περί), et *daiza est un mot mède signifiant « mur, muraille », l'équivalent du vieux-perse *dîdâ. » Précisons, d'emblée, que le deuxième mot a la même origine que le mot grec τειχος, nom neutre de la troisième déclinaison dont le radical est τειχε- , qui a le même sens, et qu'un mot néerlandais (où ce qui évolue en -t en grec a évolué en -d), qui est à l'origine du mot français digue.
    En note, l'auteur ajoute : « On connaît la fortune ultérieure de ce mot. Au sens général de « lieu de félicité, de bonheur », il a été utilisé dans la version grecque des Septante comme équivalent du « jardin d'Eden ». Le mot a été emprunté en arabe sous la forme فَرَادِيسُ (ce sont les oyseaulx qui restituent la graphie), où il a été interprété comme un pluriel (qu'il est d'un point de vue formel, aux yeux d'un oyseaul, puisque c'est l'un des quatre schèmes du pluriel quadrilitère qui a servi à le former, le même qu'on a dans تَلَامِيذُ , pluriel de تِلْمِيذٌ ; il s'agit du pluriel bien connu des noms qui présentent, au singulier, cinq lettres dont la quatrième est une voyelle longue et on va voir que c'est effectivement le cas, parenthèse de Volatile, mais les connaissances de M. le Professeur d'épigraphie achéménide à l'Ecole pratique des hautes études semblent peu assurées en arabe) dont on a tiré le singulier (observation judicieuse, aux yeux du Volatile) فِرْدُوس  (que M. translittère comme s'il s'agissait d'un mot persan : firdaws), puis il a été repris par le persan sous la forme ferdows (Note du Volatile : en persan, on ne vocalise pas et on a donc : فردوس , où la و va s'interpréter comme la demi-voyelle v ou w de l'indo-iranien, qui s'écrit d'une façon précise qu'on ne semble pas pouvoir reproduire chez cet hébergeur en devanagari (sanscrit et hindi)) ; il est à l'origine du nom de famille du grand (oui) poète persan Firdowsi. Le mot mède a subsisté dans le persan  پالیز ( la پ  est la graphie persane du phonème p) et il a même été emprunté en hébreu sous la forme pardes, nous dit M. le Professeur honoraire, mot pour lequel Brown-Driver-Briggs donne, en effet, trois références :

    1°  Néhémie (= deuxième Livre d'Esdras), II, 8 : le narrateur obtient du Roi des Perses Artaxerxès l'autorisation de se rendre à Jérusalem, au pays de ses pères, et le Roi lui remet une lettre  « pour Asof, le gardien du pardes qui <est> au Roi » ; le passage est paraphrasé dans la Vulgate (II Esdrae, II, 8) : « Il me donna des lettres pour les chefs (duces) de la terre au-delà du Fleuve (sc. l'Euphrate), disant qu'ils me livrassent passage jusqu'à ce que je parvienne en Judée, ainsi qu'une lettre pour Asaph, le gardien du saltus du Roi, disant qu'il me donne du bois et l'autorisation de couvrir les portes de la tour de la demeure et de la muraille de la cité, ainsi que la demeure où je me serai(s) installé. » Le mot saltus désigne, d'ordinaire, une région montagneuse et boisée (« containing trees », note Brown-Driver-Briggs à propos de l'occurrence hébraïque). A noter que la Septante raconte, sous la même référence, une tout autre histoire ou alors les numéros des chapitres ne s'accordent pas ; en tout cas, c'est une histoire qui n'a rien à voir et doit correspondre à un autre passage.

    2° Cantique des Cantiques, IV, 13 : cette fois, la Vulgate a, elle aussi, paradisus et on lit la chose stupéfiante que voici : « emissiones tuae paradisus malorum punicorum cum pomorum fructibus ». Le premier mot dérive, dans le texte hébreu, de la racine  שלח , parfaitement courante, qui signifie  « envoyer » ; la même racine, en arabe, شَلَحَ , signifie « dépouiller », dans tous les sens du terme. Le contexte conduit à traduire par « effluves », « parfums ». A noter que le verset précédent commence par l'expression hortus conclusus, qui est exactement le sens du mot perse. Donc, « tes parfums <sont> un pardes de grenadiers et de fruits précieux » (mot-à-mot : « ainsi que des fruits des préciosités », hébraïsme)  Chose remarquable, le mot « grenadier », qui constitue le second terme de l'annexion : פרדס רםוֹנים , je ne puis porter les cygnes diacritiques, mais il faut lire : pardes rimmonim, où rimmonim est, de toute évidence, un pluriel externe (comme toujours en hébreu) d'un mot qui n'est pas du tout hébreu, mais qui est le même qui se dit en arabe رُمّان , terme collectif, qui n'est pas d'origine arabe, mais copte, ou, en tout cas égyptienne ; je ne sais si ce mot est attesté dans les textes coptes, ni s'il est répertorié dans le dictionnaire de Crumm, mais il est parfaitement attesté, depuis Champollion, en hiéroglyphique (et apparaît, dans un exemple, dans la Grammaire de Champollion qui, selon son habitude, donne une transcription copte). La Vulgate donne : paradisus malorum punicorum, ce qui atteste qu'il s'agit d'un arbre africain ; l'expression latine correcte est malum puniceum pour dire « la grenade », selon le magnifique dictionnaire que m'a légué mon père. Et, envers et contre tous les dictionnaires grecs, je pense que c'est toujours le grenadier que désigne le mot grec qu'on lit dans la Septante, où, dans : Άποστολαί σου παράδεισος ροων Apostolai sou paradeisos rhoôn, le dernier mot ne doit pas s'interpréter, comme on fait d'habitude, comme le génitif pluriel de ρους (rhous, forme contracte de ρόος) qui signifie « ce qui coule », « le courant », « l'effluve », mais comme un souvenir très affaibli et lointain de ce mot copte qui signifie « grenadier » et dont on aurait peut-être, ici, la seule attestation  grecque (les dictionnaires ne donne que « l'écoulement » et la rhus de nos homéopathes, dont il ne doit pas non plus s'agir ici, la comparaison avec le texte hébreu est aveuglante). La glose de Brown-Driver-Briggs : « fruit-trees and costly plants » manque de précision ; ils ne voient pas le grenadier, de ce fait ils reportent le terme d'arbre fruitier, qui figure dans le second membre עמ פרי מגדימ , « ainsi que de fruits (ou : « d'arbres fruitiers ») de préciosités », sur le premier qu'ils n'entendent pas selon son véritable sens et le second membre devient du coup plus vague qu'il n'est dans le texte (« plantes » au lieu de « fruits » ou d' « arbres fruitiers»).


    3° Ecclesiastes (Qohelet), II, 5. Et, maintenant, ce désabusé d'Ecclésiaste. Cette fois, notre mot ne figure pas dans le texte de la Vulgate qui dit : « J'ai planté des vignes, j'ai fait des jardins et des pommeraies (ou des vergers) et je les ai ensemencés d'arbres de toute espèce. ». En revanche, la Septante conserve le mot : « Je me (ajout par rapport à la Vulgate) suis fait des vignes et des paradis et j'ai planté en eux tout bois de fruits (ou d'arbres fruitiers). » Et que dit l'hébreu ? D'abord, il conserve l'ajout de la Septante, puisqu'il dit, textuellement, quelque chose que je transcrirais ainsi en arabe : « لِي كُرُوم (. . .) », ce qui n'est ni plus ni moins que ce que je mettrais en arabe. Ensuite, on lit : « J'ai <fait> (j'avoue que je n'identifie pas la forme, mais c'est manifestement le sens) pour moi  (deuxième occurrence) des jardins (au pluriel externe féminin) et des paradis (au pluriel externe masculin) et j'ai <mis> en eux bois de tous fruits (ou : « arbres fruitiers ») ». A noter que « bois de fruits » (sans « tous ») est la citation littérale de la célèbre formule de Genèse, I, 12, que tout scribe hébraïque devait évidemment savoir par cœur.

    On fera observer que, des trois occurrences répertoriées par Brown-Driver-Brigss, deux appartiennent à la littérature sapientiale, et une à un livre historique que tout le monde s'accorde à considérer comme tardif. Bref, pas d'attestation dans les textes pré-exiliques, ou supposés (à tort, certainement) tels.

    Je me suis évidemment reporté à l'occurrence principielle (mais seulement dans la Septante) de Genèse, II, 8 et j'aurai beaucoup de choses à ajouter que j'écrirai peut-être ultérieurement, mais il est tard et j'ai faim.

oyseaulx | 22 h 03 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 26/09/08 à 00 h 09

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Vendredi 19 Septembre 2008.

كِِتَابُ آلْعَجَائِِبِ

quam Galliam avis invisitata specie sibi excogitaverit et delineaverit ex Libris arabicis de mirabilibus quidem excerptam

oyseaulx | 17 h 59 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 19/09/08 à 18 h 48

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Jeudi 03 Juillet 2008.

espace et perception

désastre d'une expérience

 

 

     Comme d'autres objets théoriques, l'espace est une invention dont l'archéologie du sçavoir montre aisément la date récente et, peut-être, diront d'aucuns, la fin prochaine
(1).
     Dans le cadre du monde antique, le terme d'espace ne peut s'employer au singulier que si l'on sous-entend la pluralité des espaces parcourus par les mobiles en telles conditions. C'est à ce titre qu'il figure au Livre VI de la Physique d'Aristote (mêkos, pl. mêkê). Il n'y a d'espace que comme singulatif d'un pluriel présupposé. Cet « espace » antique désigne une grandeur continue susceptible d'être parcourue, en un temps fini, en vertu même de sa continuité ; celle-ci, comme établit le Livre III de la Physique, doit s'entendre au sens d'un infini en puissance, non d'un infini actuel. L'espace, entendu au sens d'un contenant qui enveloppe les substances individuelles, est étranger à la pensée antique, comme elle l'est à la pratique de ses peintres.
     Sans doute, comme souligne Erwin Panofsky, dans l'ouvrage fondamental qui inspire cette étude, « à Rome et en Campanie, nous trouvons des vues d'intérieur, des paysages et des vues de villes très élaborés qui nous mettent sans aucun doute en face d'un « espace apparemment tridimensionnel qui semble s'étendre indéfiniment derrière la surface peinte objectivement bidimensionnelle » ; et dans un exemple au moins, les célèbres Paysages de l'Odyssée de la Bibliothèque du Vatican, la comparaison d'Alberti concernant la fenêtre a été devancée concrètement puisqu'une étendue continue de paysage est vue dans un encadrement de pilastres simulés. »
(2).
«      Pourtant, précise l'historien, — et c'est pourquoi, souligne-t-il, nous ne pouvons être trop prudents en ce qui concerne les réserves à faire lorsque nous transplantons un terme comme Impressionnisme d'un contexte historique dans un autre — le style des Paysages de l'Odyssée et d'autres œuvres semblables est fondamentalement différent de celui de Manet, Monet ou Signac. Au lieu de donner l'impression d'un monde stable et cohérent, qui frémit et vibre selon la manière dont il est « vu », ils donnent l'impression d'un monde instable et incohérent en lui-même. Des rochers, des arbres, des bateaux et de minuscules silhouettes sont répartis avec aisance sur de vastes surfaces de terre ou de mer ; mais l'espace et les objets ne se fondent pas en un tout unifié et l'espace ne semble pas s'étendre au-delà de la portée de notre vision. La taille, le volume et la couleur des objets changent suivant la distance et l'action de la lumière et de l'atmosphère ; mais ces changements ne peuvent s'exprimer en termes de relations constantes. Les « orthogonales » (c'est-à-dire les lignes parallèles dirigées vers le lointain) « convergent » ; mais elles ne convergent presque jamais en un seul point et font souvent un dessin en forme de squelette de poisson plutôt que ce que les mathématiciens appellent un « faisceau ». Il y a, comme nous l'avons dit, des réfractions, des reflets et des ombres portées mais rien qui ressemble à une lumière unifiée. Il en résulte que l'ensemble a une qualité irréelle, presque spectrale, comme si l'espace extra-corporel ne pouvait s'affirmer qu'aux dépens des corps solides et, semblable à un vampire, se nourrir de leur substance même. »
(3).
«      En bref, conclut l'historien, l'espace présupposé et présenté dans les peintures hellénistiques et romaines manque des deux qualités qui caractérisent l'espace présupposé et présenté dans l'art « moderne » jusqu'à la venue de Picasso : la continuité (d'où la mesurabilité) et l'impression d'infini. Il était conçu comme un agrégat ou un ensemble composite de corps solides et vides, tous limités, et non comme un système homogène au sein duquel chaque point, indépendamment du fait qu'il se trouve situé dans un solide ou dans un vide, est uniquement déterminé par trois coordonnées perpendiculaires les unes aux autres et s'étendant ad infinitum à partir d'un « point d'origine » donné. »
(4).
     Bref, dans ce que la peinture hellénistique et romaine nous permet de comprendre de ce qu'était la perception qu'avait le monde antique du champ de son expérience, cette perception ne lui représentait pas ce champ d'expérience sous la forme de ce que nous appelons, aujourd'hui, un espace.
     La question est donc de savoir à quelle époque, dans quelles conditions historiques, et, sans doute aussi, en quels endroits géographiques, la perception du champ de l'expérience a revêtu, pour la première fois, la forme d'un espace.
     Or, dans les conditions de l'histoire de la peinture, la réponse à cette question n'est pas difficile à trouver : il s'agit, à n'en pas douter, des conditions d'une Italie centrale s'articulant autour de Florence, de Sienne et de Rome, au cours d'une époque qui s'étend, dans ses premières prémices, de 1270 environ, jusqu'aux alentours des années 1340. Les conditions historiques de la représentation picturale de l'époque circonscrite témoignent, d'une manière parfaitement reconnaissable, de la production de l'objet théorique inédit dont nous cherchons à établir la genèse.
     Sans doute, des différences techniques et stylistiques considérables séparent la pratique des écoles qui virent s'épanouir des personnalités artistiques aussi différentes que Giotto, Duccio ou Cavallini.
«      Cependant, fait observer Panofsky, les méthodes opposées employées par Duccio et Giotto pour tenter de résoudre leurs problèmes ne peuvent nous dissimuler le fait qu'il s'agissait du même problème, et jettent au contraire dessus une lumière particulièrement intense : le problème de la création de ce que nous avons l'habitude d'appeler « l'espace d'un tableau ». Et ce problème, poursuit l'historien, était si nouveau — ou plutôt il avait été si complètement absent, pendant tant de siècles, de la scène européenne occidentale — que ceux qui les premiers l'ont à nouveau soulevé méritent encore le titre de « pères de la peinture moderne ». »
(5).

     L'espace pictural dont il est ici question n'est pas, à l'origine, l'espace où se déploie une perception, encore moins un espace perçu, mais la surface où s'inscrivent les traces d'une représentation qu'il serait anachronique de s'imaginer sous la forme d'une perception. Si étrange qu'il nous puisse apparaître que la notion de représentation soit pensée autrement que sur le modèle d'une perception, l'histoire de la peinture occidentale, et peut-être elle seule, a connu une époque où les deux notions de représentation et de perception demeuraient radicalement dissociées. Le champ où se déploie la représentation, dans la peinture médiévale occidentale, n'ouvre pas l'espace d'une perception, mais se clôt sur la surface d'une inscription.
     La sculpture de l'époque romane a connu ce que Panofsky appelle une « consolidation de masse » : « Alors que la métope classique, écrit-il, la statue de niche ou la caryatide sont soit une adjonction soit une insertion, le relief roman, la statue de pied-droit, la figure d'archivolte ou le chapiteau historié semblent avoir pris naissance directement dans le mur, l'embrasure, les archivoltes ou les chapiteaux. »
(6).
     Parallèlement, la peinture de cette époque a connu ce qui est appelé une « consolidation de surface » : « Cette « consolidation de masse » en sculpture et en architecture a, en peinture, un parallèle que l'on peut appeler la « consolidation de surface » ; ce processus s'observe pour ainsi dire in vitro lorsque l'on compare le Psautier d'Utrecht, exécuté à Hautvillers près de Reims entre 820 et 830, avec une copie — ou plutôt la dernière de trois transformations successives — de ce même psautier qui a été réalisée à la fin du douzième siècle
(7). Les dessins carolingiens à la plume et sans cadre, dont la composition lâche et le traitement imprécis donnaient justement une impression d'espace aéré, sont transformés en miniatures aux pigments opaques entourées par une bordure qui délimite strictement la surface de travail. Les figures, réduites en nombre mais de taille plus grande, ont une apparence plus substantielle et des poses plus étudiées. Le feuillage des arbres qui ressemblait à des plumes est condensé en formes bien définies qui ne sont pas sans évoquer des fleurs ou des champignons ; de même les édifices, qui n'aspirent plus à un style classicisant, semblent avoir gagné en poids et en solidité. Les traits de plume impétueux et les lavis ont fait place à des contours fermes et incisifs. En bref, le fond s'est concrétisé en une surface de travail solide et plane tandis que le dessin s'est concrétisé en un système de surfaces bidimensionnelles définies par des lignes unidimensionnelles. (...) Ainsi, pour la première fois dans l'histoire de l'art occidental, une consubstantialité a été établie entre les objets solides (figures ou choses) et leur environnement. » (8).
     Et bien que la sculpture de l'époque gothique eût « brisé l'emprise de la masse »
(9), « le contenu spatial du relief gothique, quelle que soit la liberté dont jouissent ses composants, ne dépasse pas le volume défini par le bloc de pierre ou de bois dans lequel il a été sculpté. La statue ne peut exister sans un dais ou un tabernacle au-dessus de sa tête, et une plinthe ou une console sous ses pieds, ce qui fournit à la figure un Lebensraum, mais la confine quand même à l'intérieur des limites précises de la structure dans son ensemble. Dans le relief, la scène est généralement surmontée par une série d'arcatures ou un bandeau de nuages conventionnalisés qui, comme une cantonnière, détermine le plan frontal d'une tribune tridimensionnelle, mais, ce faisant, limite la profondeur idéale de cette tribune à la distance réelle existant entre le plan frontal et le fond, c'est-à-dire l'épaisseur réelle du bloc original. » (10).
     Parallèlement, la peinture de l'époque gothique recourt à des procédés équivalents : « Nous trouvons souvent des procédés d'encadrement analogues à ceux employés dans les reliefs
(11) et, en l'absence de semblables procédés, un champ d'action tridimensionnel est assuré aux figures par un nouveau traitement du fond : on a tendance à le distinguer de ce qui est « devant » lui, tout d'abord par l'emploi de la poudre d'or pour laquelle le style roman avait une certaine aversion (ce n'est pas sans raison que le style d'enluminure du treizième siècle a été appelé le « style à fonds d'or ») ; et, plus tard, par l'introduction de petits dessins recouvrant tout le fond (rinceaux, gaufrage, jeu de damiers et autres motifs semblables) qui donnent l'impression d'une tapisserie tendue derrière les figures plutôt que d'un mur massif entourant le groupe. Mais ici comme dans le relief, l'espace dont elles disposent est limité à ce que l'on peut appeler « un bloc de volume » défini par un plan frontal et un arrière-plan qui, bien que repoussé en arrière, reste impénétrable et est toujours conçu comme une surface de travail matérielle. L'action, s'il y en a une, se déroule dans une direction parallèle à la fois au plan frontal et à l'arrière-plan, elle traverse notre champ d'observation plutôt que d'avancer et de reculer à l'intérieur de celui-ci ; et, fait encore plus important, les figures et les choses, dont la taille n'est pas influencée par la distance, continuent à être disposées sur une ligne horizontale, qui traverse réellement le tableau de gauche à droite, au lieu d'être distribuées sur un plan horizontal qui semble reculer en profondeur. » (12).
     Ainsi, le principe de « consolidation de masse » et le principe de « consolidation de surface » définissent un mode de représentation caractéristique, l'un, de la sculpture, l'autre, de la peinture de l'époque romane et de l'époque gothique : « Le style gothique à son apogée n'a jamais abrogé les principes complémentaires de « consolidation de masse » et de « consolidation de surface » et il nous est facile de voir que l'espace « moderne », c'est-à-dire continu et infini, ne pouvait voir le jour que lorsque le sentiment médiéval de solidité et de cohérence, nourri par l'architecture et la sculpture, commença à se fondre avec le peu qui, au cours des siècles, avait été préservé de la tradition illusionniste établie par la peinture gréco-romaine. Cette fusion eut lieu, et ne pouvait avoir lieu, que dans l'Italie de Cavallini, Duccio et Giotto. »
(13). Elle ne pouvait avoir lieu qu'en Italie centrale parce qu'en Italie centrale seulement étaient réunies les conditions qui rendent possible, historiquement, la superposition de la notion de perception à celle de représentation. L'espace moderne désigne l'élément où devait s'opérer cette superposition.

     La peinture médiévale est une représentation qui ne se confond pas avec une perception et ne prétend pas se donner pour une perception. La peinture antique est pure perception, qui ne cherche pas à se donner les lois qui fissent d'elle une représentation. Raison pour laquelle elle a, elle aussi, historiquement, ignoré l'espace, au sens moderne, bien qu'elle en fournisse un simulacre. La projection sphérique est pure perception, dépourvue de toute considération représentative ou constructive. La peinture médiévale, au contraire, construit ses objets d'après des lois immanentes, qui sont indépendantes de celles de la perception. C'est pourquoi elle est représentation pure, non mêlée de vécu perceptif. Dans tous les cas, l'objet produit par le peintre nous apparaît comme une idéalité, mais dont le statut est fort différent d'une époque à l'autre. Concrétitude pure d'un vécu dans l'art antique, elle devient abstraction pure au moyen âge, alors que l'évolution qui s'annonce avec les grands initiateurs du Trecento aura pour effet de transférer l'abstraction au milieu, c'est-à-dire à l'espace, qui est le lieu de l'abstraction, mais pour peupler celui-ci de figures vivantes et individuelles.
     Nous ne voyons, là, nul progrès, mais enfoncement en une esthétique proto-bourgeoise du familier et de l'écriture figurative
(14), s'adressant à un observateur inapte à l'intuition intellectuelle (15). Si la peinture antique est intuition sans concepts, la peinture romane et gothique est l'acte d'une âme intellective, comme l'écriture figurative inaugurée au Trecento est l'application d'un concept, qui retient, de l'intuition intellectuelle, sa forme intellective, à une intuition sensible présentée, sur un mode paradoxal, comme antérieure à l'expérience, donc antérieure à la construction conceptuelle qui lui donne sa forme logique.
     En suivant l'histoire de la peinture entre 1270 et 1340 environ, on peut suivre les étapes successives de ce que d'aucuns se plaisent à appeler la « conquête » de l'espace pictural moderne, en d'autres termes, la soumission de la construction de la représentation, héritière des exigences médiévales, aux exigences de la visibilité, soit d'une conformité de ce qui se représente dans la peinture à ce qui « se voit » dans la perception visuelle. La représentation picturale emprunte le modèle de la perception naturelle, la Perspectiva naturalis devient Perspectiva artificialis, la science géométrique de la vision, prescription pour la production de l'œuvre.
«      Le style byzantinisant ou, si l'on peut dire, néo-paléo-chrétien de l'Italie du treizième siècle ne refusa pas de se fondre avec le gothique. Ainsi, les disiecta membra de la perspective classique, que la peinture italienne du Dugento avait conservés ou fait revivre, purent être soumis à la discipline unificatrice de ces mêmes principes de consolidation de masse et consolidation de surface qui avaient fait disparaître la perspective dans le Nord. Et c'est ainsi que le concept « moderne » d'espace vit le jour. »
(16).
     Deux épisodes des mosaïques du Baptistère San Giovanni, qui dateraient des environs de 1270, peuvent servir d'illustration à l'utilisation que fait la peinture florentine des éléments architecturaux pour remplir la surface picturale. Dans la Nativité, on discerne, sur la gauche, un battant de porte dont le bord supérieur est représenté en raccourci, mais non le reste ; dans l'Adoration des Mages, le tempietto ou baldacchino qu'on doit se représenter comme encadrant les personnages se présente, au contraire, derrière eux, la cathèdre est représentée devant l'édicule qui doit la contenir, le toit de ce dernier est, partie, en raccourci frontal, partie, en raccourci fuyant latéralement, sans souci d'unification ; dans les deux épisodes, les groupes de personnage sont librement distribués sur la surface peinte, sans que soit unifié un « espace » sur lequel il est, pourtant, suggéré que s'ouvrent les colonnes qui encadrent la scène. « Aucun de ces cadres, cependant, fait observer Panofsky au sujet d'un autre épisode, ainsi que de deux mosaïques de Monreale, antérieures de près d'un siècle, n'est conçu comme un tout unifié, encore moins en intérieur rationnellement construit. Le Rêve de Pharaon a un plafond vu en raccourci mais ni murs latéraux ni sol ; la Cène a des murs latéraux qui semblent reculer mais ni sol ni plafond ; dans la Guérison du Paralytique enfin, le carrelage qui semble reculer s'interrompt brusquement devant la façade non vue en raccourci d'un édifice. »
(17). Dans l'Annonciation de l'Anonyme siennois, datée vers 1280, les personnages s'inscrivent dans un cadre architectural, mais qui apparaît comme une simple toile de fond sans que soient exprimées des relations spatiales mesurables entre les personnages et le fond. Dans la Délivrance de saint Pierre du même polyptyque, les personnages apparaissent comme disproportionnés par rapport aux éléments architecturaux qui les encadrent et, pour partie, les renferment ; la relation spatiale entre les personnages et les édifices demeure indécise et celle qu'entretiennent ces derniers entre eux pourraient suggérer qu'il s'agit de deux représentations juxtaposées d'un seul et même édifice représenté, simultanément, en vue frontale et en vue latérale, sans recours au raccourci et sans que leur relation soit précisée. Le Martyre de saint Pierre de ce même polyptique présente des personnages disproportionnés par rapport aux éléments architecturaux ou, plus exactement, dont les relations spatiales avec ces éléments ne sont pas interrogées, ni thématisées comme construisant un espace unifié. Les personnages sont placés simplement devant les architectures, au lieu d'être situés par elles. La Décollation de saint Jean du polyptyque d'un autre Anonyme siennois, daté vers 1270, présente des éléments architecturaux en raccourci et même en vue oblique, mais ces édifices sont surmontés de tourelles et de coupoles dont les relations avec leur base se laisse maladroitement déterminer et dont les raccourcis, lorsqu'il y en a, ne sont pas cohérents avec ceux des édifices eux-mêmes. La Danse de Salomé du même polyptique présente un fond représentant un édifice en vue frontale à pan latéral fuyant, selon une formule que le Trecento rendra commune, surmonté de plusieurs tourelles, dont les raccourcis ne sont pas cohérents entre eux et dont l'élément central est représenté en perspective oblique divergente. L'Assomption de saint Jean de ce polyptyque présente un mur en vue frontale au toit en raccourci indécis surmonté de coupoles dont les « erreurs » de perspective rappellent la miniature carolingienne. La Descente aux Limbes est à confronter avec le même épisode traité par Duccio, entre 1308 et 1311, pour mesurer le chemin accompli.
«      Lorsque nous pénétrons dans le monde de Duccio et de Giotto, écrira Panofsky, nous avons l'impression de quitter un bateau et de mettre pied sur la terre ferme. Les cadres architecturaux (et ce qui s'applique à eux s'applique mutatis mutandis aux paysages) donnent une impression de cohérence et de stabilité jamais encore atteintes, même dans la peinture hellénistique ou dans la peinture romaine. Dans la Maestà de Duccio (exécutée entre 1308 et 1311), dans les fresques de Giotto à la Chapelle de l'Arena de Padoue (vers 1305) et, sous forme d'essais encore, dans certaines des Scènes de l'Ancien Testament de l'église supérieure d'Assise (attribuées autrefois à un grand Anonyme, le « Maître d'Isaac », mais que l'on tend maintenant à considérer comme des œuvres de jeunesse de Giotto lui-même, nous rencontrons même des intérieurs parfaitement cohérents semblables à des boîtes et dont le plafond, le carrelage et les murs latéraux sont « convenablement ajustés les uns aux autres », comme dirait l'Apôtre : des intérieurs qui s'étendent de manière mesurable derrière une surface picturale clairement définie et à l'intérieur desquels un volume bien défini est accordé à chaque solide et à chaque vide. C'est ici, donc, que nous assistons à la naissance de « l'espace moderne ». »
(18).

     Des objets aussi familiers que « l'espace » ont une origine historiquement déterminable et ne se laissent concevoir sans les conditions historiques qui les produisent.

(1) Cette fin nous paraît déjà advenue dans la construction synthétique d'un espace qui ne se confond plus avec celui de la perception dans le Lac d'Annecy de Cézanne, qui date de 1896.
(2) La Renaissance et ses avant-courriers dans l'art occidental, traduction française, p. 129.
(3) Op. cit., p. 129-130.
(4) Ibid.
(5) Op. cit., p. 128.
(6) Op. cit., p. 136.
(7) B. N., ms lat. 8.846 (Note de M. Erwin Panofsky).
(8) Op. cit., ibid.
(9) Op. cit., p. 137.
(10) Ibid.
(11) B. N., ms lat. 10.525 (Note de M. Erwin Panofsky).
(12) Ibid.
(13) Op. cit., p. 138.
(14) Nous empruntons cette expression à Pierre Francastel, La Figure et le Lieu, Paris, 1965.
(15) Il est significatif que M. Francastel formule des doutes quant à la « lisibilité » de l'art du vitrail. Inapte à l'intuition intellectuelle et privé d'âme intellective, ne concevant d'entendement que discursif et de narration que sur un mode qui s'inspire d'un modèle littéraire, la forme plastique devenant un simple cadre pour une action qui trouve sa justification en un domaine extra-pictural.
(16) Panofsky, op. cit., p. 139.
(17) Op. cit., p. 139-140.
(18) Ibid.

oyseaulx | 18 h 16 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 12/05/12 à 18 h 18

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Vendredi 15 Février 2008.

azur profond

cri lancinant


« DIONYSOS :  — Des bandes d'éjaculateurs précoces, réduits à du pipeau, qui vous coupent l'orgasme, et vous envoient, d'un seul coup, leur purée dans la figure, partie trop vite, pour peu qu'ils vous ont baisé le cul. Et un mec qui a des couilles, capable de gueuler un bon coup, tu n'en trouves plus, même en cherchant.
HERCULE :  — Des couilles ?
DIONYSOS :  — Des couilles, au sens de capable de donner voix à quelque chose comme un abandon total, un azur profond comme celui qu'habite Zeus, le cri lancinant d'une jouissance prolongée, des tripes qui ne consentent plus à invoquer de témoignages sacrés, mais une langue qui n'a plus à invoquer d'autres témoins que ces seules tripes, sans intermédiaire.
HERCULE : — Et ça te plaît ?
DIONYSOS : — Mon orgasme sera toujours à la hauteur. »

(Aristophane, Grenouilles, vers 92-103 ; traduction personnelle inédite)

oyseaulx | 00 h 53 | Rubrique : études sçavantes

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de l'arme de la critique...

...à la critique des armes

oyseaulx | 00 h 46 | Rubrique : études sçavantes

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Mercredi 12 Décembre 2007.

Soutien à Sébastien Schifres

et à toutes les victimes de la répression gouvernementale



APPEL A UNE SEMAINE DE BLOCAGE DES FACS POUR L’AMNISTIE GENERALE


    Mardi 18 décembre, à 13H30, Sébastien Schifres, étudiant à Paris 8, comparaîtra devant la 14e Chambre correctionnelle de Paris. En pleine grève étudiante, Sébastien sera jugé pour sa participation au mouvement anti-CPE. Tout comme d’autres qui sont passés en procès ces derniers jours pour leur participation au mouvement lycéen d’il y a trois ans, ou comme Naïma, de Nanterre, elle aussi condamnée pour son engagement sur l’université.

    Face à cette nouvelle provocation du pouvoir, un appel est lancé pour bloquer les universités la semaine du 17 au 23 décembre pour l’amnistie générale de tous les réprimés.

    Pour Sébastien, qui avait déjà fait trois semaines de prison l’année précédente pour l’affaire du mur de Nanterre, le CPE ça avait commencé très fort. Dès le premier jour, Sébastien était recherché par la police. La police est venue chez lui pour l’arrêter mais elle ne l’a pas trouvé. Un mois plus tard, Sébastien était arrêté lors de l’évacuation de la Sorbonne et passait une journée en garde à vue. Quelques jours plus tard, il était arrêté devant la Sorbonne, puis libéré quelques heures après. La semaine suivante, il était à nouveau arrêté lors de l’évacuation de l’EHESS : deux jours en garde à vue, puis deux jours enfermé au palais de justice et à la prison de Fleury-Mérogis. Et puis, Sébastien s’est fait virer de la Sorbonne. Il s’est retrouvé non-inscrit pendant un an avant de se réfugier à Paris 8. Finalement, Sébastien s’en est bien tiré : d’autres, qui n’avaient personne pour les défendre, ont fait un an de prison.

    Le 18 décembre, Sébastien passera pour la huitième fois en procès. Mais n’allez pas assister à l’audience : vous serez plus utiles sur les piquets de grève. A cette occasion, ceux qui bloqueront pour l’amnistie pourront fraterniser dans la joie et l’allégresse avec ceux qui bloquent contre la loi Pécresse. Ils sympathiseront aussi sûrement avec ceux qui bloquent pour ne pas aller en cours. Ceux qui bloquent pour le plaisir de bloquer rencontreront ceux qui bloquent pour le droit au blocage, comme ça ceux qui bloquent pour les sans-papiers pourront discuter avec ceux qui bloquent pour les retraites, ceux qui bloquent pour faire chier l’UNEF pourront draguer ceux qui bloquent contre TF1, ceux qui bloquent pour la gratuité des transports pourront boire un coup avec ceux qui bloquent pour le droit au logement, ceux qui bloquent contre le flicage pourront casser la croûte avec ceux qui bloquent contre leurs patrons, et ceux qui bloquent pour faire la révolution pourront bloquer avec ceux qui bloquent pour sauver la planète.

   Si votre fac est déjà bloquée, allez bloquer les autres. Si vous habitez en région parisienne et que toutes les facs de Paris et de sa banlieue sont bloquées le 18 décembre, venez à 13H30 à la 14e Chambre correctionnelle du Palais de justice de Paris, sur l’Ile de la Cité, pour manifester votre solidarité avec Sébastien.

    La lutte continue : plus jamais sans blocage !

Appel soutenu par les associations : Association Pour le Droit au Blocage, Collectif « Ma fac m’appartient », Comité « Bloquer c’est mon choix », « Blocage et Démocratie », Union des Etudiants Bloqueurs, Mouvement « Pas d’égalité sans blocage », Collectif pour l’Annulation des examens, Association des Fainéants Solidaires, Internationale pour le Diplôme sans examens (bof), Front Révolutionnaire Armé pour le Blocage, Ligue pour la protection des oyseaulx, Collectif des oyseaulx sçavans, Société des bi-agrégés de l'Université, Association interprofessionnelle des sourys papivores, Comité de Lutte de Transylvanie, Collectif « Liberté de bloquer », Association des Artistes Bloqueurs, Section Santheodorienne de IXe Internationale, Groupe « Blocage et Boxe Thaï », Collectif « J’emmerde l’UNEF », et Comité pour un Blocage sans OGM.

P. S. Nous recommandons l'étude du mémoire de maîtrise de Sébastien Schifres sur la mouvance autonome en France de 1976 à 1984.

oyseaulx | 04 h 59 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 21/12/07 à 19 h 00

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Vendredi 07 Décembre 2007.

archéologie de la libration

aspice convexo nutantem pondere mundum (Virg. Ecl. IV, 50)


   Si Boulliau a été le premier à appliquer à la Lune le concept de libration, issu d’une longue tradition, l’acception emprunte comme intermédiaire l’usage de la traduction de Strasbourg du Dialogo, où les termes de aequilibrium et de libramentum s’appliquent aux positions d’équilibre qu’occupent, au printemps (aequilibrium vernale) et à l’automne (aequilibrium autumnale), les trajectoires apparentes des taches solaires, eu égard à leur inclinaison à l’écliptique : « ...et, pendant deux jours seulement dans toute l'année, ces termini des levers et des couchers auront été posés en équilibre : après ces libramenta, commence, petit à petit, l'inclinaison de la traversée des Taches, et elle s'accuse de jour en jour, jusqu'à ce qu'en trois mois elle arrive à la plus grande obliquité : et, à partir de cette position, commençant, inversement, à décroître, elle reviendra, pendant la même quantité de temps, à son second équilibre. Se produira encore une quatrième conséquence étonnante que voici, le fait que le jour de la plus grande obliquité sera celui-là même qui est aussi celui de la traversée accomplie en ligne droite : et, le jour de la libration, l'arc de la traversée se présentera plus incurvé que jamais. Ensuite, aux autres époques, autant son penchant diminuera et tendra vers l'équilibre, l'incurvation des arcs des traversées, au contraire, augmentera. »
(1). Rappelons que libratio désigne, dans la tradition astronomique, le mouvement propre de la sphère des fixes, en tant que sphère distincte du premier mobile, mouvement qui correspond à la précession des équinoxes, mais aussi aux inégalités que l’ancienne astronomie lui a supposées. Plus précisément, les termes mêmes de libratio et de libramentum, dérivés de celui de æquilibrium et liés au contexte de la balance (comme son équivalent grec, talantôsis (2), attesté, sous la plume de Boulliau, dans la lettre à Hevelius du 11 décembre 1648 (3) ), évoquent cette conception des inégalités reconnues au mouvement de précession. L'ancienne astronomie a connu deux conceptions classiques du mouvement de la huitième sphère, celle de Ptolémée, qui lui reconnaît une révolution complète en trente-six mille ans (sc. 1° par siècle), et celle du De Motu octavæ sphaeræ, attribué, traditionnellement, à Thâbit ibn-Qurah, mais qu’il faut, peut-être, rapporter, plutôt, à al-Zarqâli, qui lui reconnaît, au contraire, un mouvement alterné (motus accessus et recessus), dont rend compte une construction ingénieuse, d’une grande élégance géométrique, qui fait parcourir, dans le sens direct, aux deux équinoxes vrais, fixes à la surface de la huitième sphère, mais mobiles à l’égard de celle de la neuvième, des petits cercles ayant, pour centres, les deux équinoxes moyens, fixes à la surface de la neuvième sphère (4).
   Bien que ces deux explications aient été, à l'origine, indépendantes l'une de l'autre et semblent s'exclure réciproquement, elles aboutirent, dans l’astronomie postérieure à al-Zarqâli, à une théorie synthétique, caractérisée par l’inscription, dans le substrat de la révolution ptoléméenne, dont la validité était, ainsi, maintenue par delà la conception d’al-Zarqâli, qui, à l’origine, la récusait, d’une inégalité surnuméraire, dénommée libration, titubation, ou trépidation des fixes. Cette théorie semble avoir été connue de l’Occident latin par des intermédiaires israélites, en particulier les Alphonsins, dont dérivent Peurbach, Regiomontanus et Johannes Werner, que prolongent des remarques de Maurolycus
(5), Clavius (6), Scheiner (7), et qui se retrouve, sans doute indépendamment, dans la tradition juive postérieure, chez Abramo Zacuto, dont nous connaissons les positions par le rarissime Tractatus octavae Sphaerae de son élève latin Agostino Ricci (8). A la conséquence la plus patente de cette surinscription, la multiplication des sphères, dont le nombre se trouvait porté à onze, par suite de la décomposition de la libration des fixes en une libration en longitude et une libration en latitude, témoignant d’une incompréhension profonde de la doctrine du Pseudo-Thâbit, un courant aristotélisant et averroïste, dérivé, semble-t-il de ibn-Tufayl, et représenté par al-Bitrûgi (Alpétrage), s’ingénia à obvier en attribuant plusieurs mouvements distincts à la même sphère (chez al-Bitrûgi, en faisant participer l’axe sur lequel s’accomplit la rotation d’une sphère à la rotation de la sphère immédiatement enveloppante, dont il demeure matériellement solidaire (9)).
   Or, les difficultés rencontrées dans l’élaboration de la théorie de la libration des fixes ne sont pas sans rapports avec celles que soulève l’interprétation des mouvements du Soleil et de la Lune observés à la lunette, l’intermédiaire étant, ici, représenté par la théorie copernicienne de la précession des équinoxes. En particulier, une critique adressée à Ricci par Clavius, rapportée par Riccioli en ces termes : « L'opinion de Ricci, dit-il, ne saurait être saisie même par la pensée, puisqu'il est impossible qu'un être vivant, par exemple, dans sa totalité, ainsi que chacun de ses organes en particulier, se meuvent de deux mouvements contraires, à moins qu'il n'y ait un autre corps qui le meuve ; à moins, donc, de nous préciser comment une même sphère peut se mouvoir de deux mouvements contraires, cette opinion ne pourra être soutenue. »
(10) , n’est pas sans similitude avec la critique adressée à Copernic, au sujet de la difficulté de concilier la révolution annuelle, rétrograde, de l’axe de rotation de la Terre, avec la révolution annuelle, directe, du centre de cette planète, dans la célèbre lettre de Tycho Brahé à Christophe Rothmann du 24 novembre 1589 : « Le troisième mouvement, une fois supprimé le mouvement annuel, s'évanouit tout seul ; ou, si tu croyais qu'il peut se maintenir en même temps que l'autre, comment, s'il te plaît, pourra-t-il arriver que l'Axe de la Terre tourne dans le sens contraire du mouvement du centre tous les ans, d'une manière si parfaitement concomitante qu'il n'en paraisse pas moins être en repos ? Comment se fait-il encore que son Axe et son Centre soient animés de deux mouvements différents, au sein d'un même corps simple ? Pour ne rien répondre sur ce troisième mouvement, qui se produit en une journée sur son Axe. Je ne dirai pas non plus que l'enchevêtrement des librations, loin de s'accorder au déplacement des Fixes, auquel elles sont destinées, s'en éloigne grandement. Pèse tranquillement ces difficultés et d'autres semblables et, s'il se peut, résous-les dans ton loisir. » (11). Les librationum intricationes qu’incrimine ce texte sont, moins, le troisième mouvement en lui-même, que les inégalités qui l’affectent, et qui correspondent aux deux librations des fixes, en longitude et en latitude, des Alphonsins ; cf. Copernic, De Revolutionibus..., III, 3 : « Hypotheses quibus aequinoctiorum, obliquitatisque signiferi, & aequinoctialis mutatio demonstretur » (12). Dans ce texte, c’est, en effet, moins, la révolution annuelle de l’axe de rotation de la Terre que ses inégalités qui produisent l’apparence d’une précession des équinoxes, en d’autres termes, ses librations, dont l’auteur se fait une conception encore proche, à certains égards, de celle du Pseudo-Thâbit, voire, des Alphonsins : « Que les équinoxes et les solstices changent ainsi d'un mouvement inégal, semble être manifeste d'après ce qui précède. De ce phénomène, personne n'indiquera sans doute de cause plus adéquate, qu'une sorte de deflexus de l'axe de la terre et des pôles du cercle équinoxial. Cela, en effet, semble suivre de l'hypothèse du mouvement de la terre. Comme il est manifeste que le cercle qui traverse le milieu des signes demeure constamment sans changement, comme en témoignent les latitudes constantes des étoiles fixes, tandis que l'équinoxial subit un changement. Puisque, si le mouvement de l'axe de la terre s'accordait simplement et exactement avec le mouvement du centre, presqu' aucune avance, comme nous disions, des équinoxes et des solstices ne se présenterait. Seulement, comme ils diffèrent l'un de l'autre, d'une différence, toutefois, inégale, il fut nécessaire que les solstices et les équinoxes, à leur tour, précèdent les lieux des étoiles d'un mouvement inégal. Il se produit la même chose pour le mouvement de déclinaison, qui modifie, à son tour, d'une manière inégale, l'obliquité de l'écliptique, obliquité qu'on ferait mieux, toutefois, d'attribuer à l'équinoxial. De ce fait, il y a lieu d'entendre, en tout, deux mouvements réciproques des pôles, semblables aux librations d'une balance, puisque, dans une sphère, les pôles et les cercles sont fixes et solidaires entre eux. L'un des deux mouvements sera donc celui qui modifie l'inclinaison de ces cercles, les pôles étant ramenés vers le haut et vers le bas selon un angle dans le plan de section. L'autre, celui qui augmente et diminue les précessions des solstices et des équinoxes, deci delà, le déplacement se faisant dans le sens orthogonal. Or, ces mouvements, nous les appelons librations, pour la raison que, à l'exemple d'une balance, dans deux fois deux limites, ils se font, plus rapides, au milieu, et très lents, aux alentours des extrémités... Ils diffèrent encore par leurs périodes, parce que l'inégalité des équinoxes se rétablit deux fois pendant que se rétablit une fois l'obliquité. » (13). Copernic ajoute que de pareils mouvements de libration s’observent couramment dans le cas des planètes (en raison des mouvements des nœuds planétaires). Le terme de libration s’applique donc, à l’origine, tant à la sphère des fixes qu’aux sphères planétaires : « De telles librations se produisent le plus souvent aux alentours des latitudes des planètes, comme nous verrons en son lieu. » (14). L’adjectif absonus, appliquée à ces librationum intricationes par Tycho, se rencontre également sous la plume de Clavius, à propos des mouvements de la huitième sphère (15). Le terme même de libration, employé pour désigner les inégalités du mouvement de l’axe de la terre, chez Copernic, se retrouve sous la plume de Galilée, dans une lettre qui a attiré l’attention de M. Stillman Drake (16). Enfin, il est peut-être possible de repérer un ultime Abkömmling de la libration des fixes, dans les spéculations sur le « printemps éternel » soumises à l’Académie royale des sciences par Eugène de Louville, dont se souviendra encore Laplace, au Chapitre III de la Partie IV des premières éditions de l’Exposition du Système du monde. Fondé sur l’idée qu’un accroissement de la quantité de l’obliquité de l’écliptique aboutira à la coïncidence des plans de l’équateur et de l’écliptique, le texte de Louville, refusé par l’Académie, comme en témoigne Fontenelle (17), mettait en cause les inférences tirées par Cassini, dans des textes comme « Observations sur la longitude & la latitude de Marseille » (31 mars 1692) (18), ou « S’il est arrivé du changement dans la hauteur du Pole, ou dans le cours du Soleil » (31 juillet 1693) (19), d’une confrontation de données d’observation récentes (Gassendi) avec des indications données, par Strabon, pour « la » latitude « de Byzance et de Marseille » et que la traduction latine de Strabon, due à Isaac Casaubon, avait vulgarisées (20). Dans « De l’Origine & du Progrès de l’Astronomie... » (21), Cassini s’est également expliqué sur les problèmes soulevés par ces textes, qui sont à la fois d’ordre astronomique et critique, sur lesquels reviennent aussi Le Monnier (22) et Lalande (23). L’utilisation, par Louville, de l’observation du solstice d’été par Pythéas, aux fins de démontrer la diminution de l’obliquité de l’écliptique est évoquée par Montucla (24). Le mémoire de Louville fut publié seulement en 1719, à l’étranger (25), non sans avoir subi une exécution en règle de la part de Philippe de La Hire (26), où, par l’effet d’un procès de Verdichtung, cet auteur aboutit à une étonnante Verschmelzung Ptolémée/Cassini, dont témoigne la surprenante déclaration finale : « On ne peut trop admirer l’adresse de Ptolémée, qui,suivant toutes les apparences, étant persuadé du sistême du monde des Pythagoriciens, a sçû en composer un qui représentât les mêmes mouvements d’une manière qui fût à la portée du commun des hommes et comme ils les jugent ordinairement. », phrase dont notre analyse des théories planétaires rend plausible l’application à Cassini. Enfin, la libration des fixes jette, en 1734, une dernière lueur, demeurée sans reflet, dans le mémoire « Que l’Obliquité de l’Ecliptique diminuë, & de quelle manière; & que les nœuds des Planetes sont immobiles », de Louis Godin (27).

(1) Dialogus de Systemate mundi, tr. lat., Strasbourg (?), 1635, B.N., R.3174, p. 339-340 : «...ac tantum per duos totius anni dies erunt hi termini ortuum & occasuum in aequilibrio constituti : post quae libramenta paullatim incipit inclinatio transitûs Macularum, & de die in diem augetur, donec tribus mensibus ad summam obliquitatem perveniat : ex quo loco diminui rursus incipiens, per tantundem temporis ad alterum aequilibrium revertetur. Accidet & quartum hoc admirabile, quod dies maximae obliquitatis is ipse erit, qui & transitûs facti per lineam rectam : & in die librationis apparebit arcus transitûs plus quam unquam incurvatus. In aliis postea temporibus, pro ut pendentia diminuetur, ac versus aequilibrium tendet, incurvatio arcuum transituum e contrario increscet.».
(2) Cf. Aristote, Meteorologica, II, I, 354 a 6-11 : 


traduction : « Il semble bien que, dans les passages resserrés, la mer « coule », si, en quelque sorte, une haute mer étendue est resserrée à cause de la terre qui l’environne, et ce, à cause de son balancement multiple par-ci par-là. Or, ce dernier n’est pas sensible au milieu d’une vaste étendue de mer ; là , en revanche, où, à cause du resserrement de la terre, elle occupe peu de lieu, il est nécessaire que son balancement, faible en haute mer, se fasse, là, sensible. ». L'occurrence platonicienne, dans le Timée, présente, de même, l'intérêt de mettre le terme de talantôsis en relation avec celui d'isorropia et d'anomalia : (52 d 4-53 a 2 :


traduction : « Et, alors, la nutrix, s'humectant, s'embrasant, empruntant les figures de la terre et de l'air et adoptant tous les autres accidents qui accompagnent ces corps, se présente, dit-il, à la vue sous un aspect bigarré ; mais, comme elle n'est emplie de forces, ni, semblables, ni, qui exercent une égale rhopé, elle ne trouve d'équilibre dans aucune de ses positions et, oscillant, au contraire, irrégulièrement, en tous sens, elle est, elle-même, passée au crible sous l'action de ces corps et, mise en mouvement, elle les passe, à son tour, inversement, au crible. Eux, mis en mouvement, se portent, sans cesse, tels, dans telle direction, tels autres, dans telle autre, subissant une séparation, de la façon dont les corps passés au crible et filtrés sous l'action des vans et des instruments servant à vanner le blé s'installent, ceux qui sont denses et graves, en tel point, ceux qui sont rares et légers, en un site différent au cours de leur mouvement...». Sur le terme de rhopé, qui désigne l'écart à l'équilibre du fléau de la balance, mais aussi le genre commun au grave et au léger, cf. Galluzzi (Paolo), Momentum, Studi galileiana, 1979.
(3) B. N., ms fr. 13.043, fol. 12 v°.
(4) Pseudo-Thâbit ibn-Qurâh, De Motu octavæ Sphaeræ, traduction latine de Gérard de Crémone, éditée par Francis J. Carmody, Berkeley, 1942, Chapitres XXIII à XXXIX ; précisons que ce texte pseudépigraphe paraît nettement exprimer une conception très postérieure à celle de son éponyme, pouvant correspondre aux positions d’al-Zarqâli.
(5) Cosmographia, I, 24 et III, 89.
(6) In Sphaeram Sacrobosci, p. 44 et 72.
(7) Disquisitio, p. 49.
(8) B. N., V.8231, fol. 6 r° : «...licet qui in eius tabulas stellarum fixarum canones composuerint (sc. les Alphonsins), novam et ex multis resarcitam opinionem et, si fas esset dicere, omnium rudissimam sibi delegerint. Hanc etiam, utpote veriorem sententiam, Habraham Zacuth, astronomiæ nostra tempestate peritissimus, in sua magna editione affirmat, nobisque eum legentem in Africa apud Carthaginem audientibus eandem tenendam tuendamque esse multis rationibus suasit.». Traduction : «... bien que ceux qui ont rédigé les canons pour ses tables des étoiles fixes, aient retenu une doctrine nouvelle, rapetassée à partir de plusieurs autres et, si l'on ose dire, la moins élégante de toutes. C'est elle, toujours, qu'à titre de conception approximative soutient Abraham Zacuth, fin connaisseur de l'astronomie à notre époque, dans son grand ouvrage, et c'est la même doctrine qu'il nous a convaincu, quand nous suivions ses cours en Afrique, à Carthage, par de nombreux arguments devoir être embrassée et conservée.». Rappelons qu’à des chercheurs récents (W.G.L. Randlès, Séminaire inédit de l’E.H.E.S.S., 1981-1982), Zacuto, ministre de la Synagogue du Transito de Tolède, installé à Lisbonne, au moment des proscriptions qui frappèrent les Juifs espagnols en 1492, puis, à Tunis, où il eut Ricci pour auditeur, mort, à Damas, en 1536, a paru mériter de figurer, aux côtés de Paolo Toscanelli, parmi les inspirateurs de Christophe Colomb.
(9) al-Bitrûgi, De Motibus Coelorum, traduction latine de Michel Scot (1217), éditée par Francis J. Carmody, University of California Press, Berkeley and Los Angeles, 1952, B. N., 4° V. 18.452, Chapitre IX. Sur les doctrines anciennes et médiévales de la précession et de la libration des fixes, cf. Riccioli, Almagestum Novum, tome I, Liber III, Caput XXIX, § XII-XIII, et Liber VI, Caput XV-XVIII, p. 441-456, particulièrement, Caput XVIII, § VII-XVIII, p. 452-456, et, sur l’introduction de l’idée de la trépidation des fixes dans l’Occident latin, Duhem (Pierre), Le Système du monde, t. III, passim et, notamment, p. 282-283, sur sa première mention dans le monde latin, dans le Compendium Sphaeræ de Robert de Grosseteste, qui suit al-Bitrûgi ( mais la traduction de Duhem peut être sujette à caution), p. 317-326, sur Campanus de Novare, qui suit le Pseudo-Thâbith, et p.487-488, sur Richard de Middleton, qui suit Ptolémée.
(10) Riccioli, op. cit., VI, 18, 10 : « Hypothesim Riccii ne cogitatione quidem apprehendi posse, cum impossibile sit totum, verbi gratia, animal, & omnes ac singulas partes eius, moveri duobus motibus contrariis, si non sit aliud corpus a quo moveatur ; nisi ergo explicetur, quomodo eadem sphaera duobus motibus contrariis moveri possit, sustineri non poterit haec hypothesis. » Le passage au style direct laisse penser que, dans la seconde partie de ce texte, Riccioli s’exprime pour son compte en développant l’idée de Clavius ; cf. Clavius, In Sphaeram Ioannis de Sacrobosco Commentarius, I, p. 50.
(11) « Tycho Brahe, Clarissimo et Eruditissimo Viro D. Christophoro Rothmanno, Illustrissimi Principis Vuilhelmi Landtgravii Hassiae, &c. Mathematico eximio, Amico suo plurimum dilecto », Tychonis Brahe Liber I Epistolarum astronomicarum, p.155-169 ; le passage que nous citons se trouve p. 167 de l’editio princeps, commencée d’imprimer à Uraniburg, ex officina typographica Auctoris, achevée d’imprimer, à Francfort, en 1610 : « Tertius (sc. motus), sublato Annuo, per se ruit ; vel si una cum illo tibi constare posse videatur, qui, quaeso, fieri poterit, ut Axis Terrae in contrarium motui centri annuatim adeo correspondenter gyretur, ut quiescere nihilominus appareat ? Quomodo etiam Axin & Centrum duplici diversoque motu agitari datur, in corpore unico & simplici ? Ut de tertio illo circa Axem diurno superveniente, nihil replicem. Taceo quoque librationum intricationes, nec promotioni Fixarum, cui destinantur ubique correspondentes, valde absonas esse. Haec & similia tute tecum perpende, atque, si dabitur, per ocium resolve. » Sur le correspondant de Tycho, qui resta astronome titulaire de Guillaume IV, Landgrave de Hesse jusqu’en 1590, avant de tomber dans la déchéance, auteur d’un écrit sur la Comète de 1585, imprimé à la suite de l’ouvrage de Willibrord Snell sur la Comète de 1618, Leyde, 1619, cf. Moran (B.T.), « Christoph Rothmann, the Copernican Theory and Institutional and Technical Influences on the Criticism of Aristotelian cosmology », Sixteenth Century Journal, XIII (1982), p. 85-104.
(12) Fol. 65 v° - 67 r°.
(13) Fol. 65 v° - 66 r° (cf., sur ce texte de Copernic, Riccioli, op. cit., III, 29, 9) : « Quod igitur aequinoctia & solstitia permutantur inaequali motu, ex his videtur esse manifestum. Cuius causam nemo forsitan meliorem afferet, quam axis terrae, & polorum circuli auquinoctialis, deflexum quendam. Id enim ex hypothesi motus terrae sequi videtur. Cum manifestum sit, circulum qui, per medium signorum est, immutabilem perpetuo manere, attestantibus id certis stellarum haerentium latitudinibus, aequinoctialem vero mutari. Quoniam si motus axis terrae simpliciter & exacte conveniret cum motu centri, nulla penitus, ut diximus, appareret aequinoctiorum conversionumque (sc. solstitiorumque) praeventio. At cum inter se differant, sed differentia inaequali, necesse fuit, etiam solsticia & aequinoctia inaequali motu praecedere loca stellarum. Eodem modo circa motum declinationis contingit, qui etiam inaequaliter permutat obliquitatem signiferi, quae tamen obliquitas rectius aequinoctiali concederetur. Quam ob causam, binos omnino polorum motus reciprocos pendentibus similes librationibus oportet intelligi, quoniam poli & circuli in sphaera sibi invicem cohaerent & consentiunt. Alius igitur motus erit, qui inclinationem permutat illorum circulorum, polis ita delatis sursum deorsumque circa angulum sectionis. Alius, qui solsticiales aequinoctialesque praecessiones auget & minuit, hinc inde, per transversum facta commotione. Hos autem motus librationes vocamus, eo quod, pendentium instar, sub binis limitibus, per eandem viam, in medio concitatiores fiunt, circa extrema, tardissimi... Differunt etiam suis revolutionibus, quod inaequalitas aequinoctiorum bis restituitur sub una obliquitatis restitutione. ». La complexité de cette solution, qui l'apparente à celle des Alphonsins, l'oppose à l'élégante simplicité dont sut faire preuve le Pseudo-Thabith.
(14) Ibid. : « Quales plerumque circa latitudines planetarum contingunt, ut suo loco videbimus. ». Rappelons que les sphères planétaires ne désignent pas les globes planétaires, mais les sphères célestes dans lesquelles ils sont enchâssés. Sur la précession, chez Copernic, cf. Commentariolus, p. 63-65 et Narratio prima, p. 148, dans les Three Copernican Treatises d’E. Rosen.
(15) In Sphaeram..., Opera mathematica, III, 36, cité dans Knobloch (Eberhard), « Sur la vie et l’oeuvre de Christophe Clavius (1538-1612) », Revue d’histoire des sciences, 1988, p. 339-340.
(16) Cf. « A neglected galilean Letter », Journal for the History of Astronomy, XVII, 1986, p. 99-108 : « the first libration », p. 101.
(17) « Détermination de l’Equinoxe », Histoire de l’Académie royale des sciences, année 1714, p. 68-69.
(18) Mémoires de Mathématique & de Physique de l’Académie royale des sciences, depuis 1666 jusqu’à 1699, t. X, Paris, 1730, p. 56-65.
(19) Ibid., p. 360-375.
(20) Traduction latine de la Géographie de Strabon, Paris, 1620, p. 63 cd : « Idem parallelus est Byzantii ac Massiliae, nam quam Eratosthenes umbrae ad gnomonem rationem Massiliae adscripsit, eandem se sub eiusdem nominis tempus Byzantii observasse Hipparchus scribit. » (Traduction : « Byzance et Marseille ont le même paralèle, car, le même rapport de l'ombre au gnomon qu'Eratosthène attribue à Marseille, Hipparque écrit qu'il l'a observé, vers l'époque correspondante, à Byzance. »), et p.115 a : « Byzantii idem est qui Massiliae parallelus, quod Hipparchus tradit, Pytheae fidem secutus (ait enim Byzantii eandem umbrae ad stylum esse rationem quam esse Massiliae tradit Pytheas). » ; traduction : « Byzance a le même parallèle que Marseille, chose rapportée par Hipparque, faisant crédit à Pythéas (il déclare, en effet, qu'à Byzance, le rapport de l'ombre au style est le même que Pythéas rapporte qu'il est à Marseille). ». A Byzance, « le gnomon est, avec son ombre, le jour du solstice d’été, dans le rapport de 120 à 41 et quatre cinquièmes. » ; cf. Strabon, II, 5, 41.
(21) P. 9-10 de l’édition que donne le Recueil de différentes observations faites en plusieurs voyages..., Paris, 1693. Le texte est repris au tome VIII des Mémoires de Mathématique & de Physique de l'Académie royale des sciences, depuis 1666 jusqu'à 1699.
(22) Dans les Institutions astronomiques, Paris, 1646.
(23) Dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences, année 1780, p. 288.
(24) Histoire des mathématiques, t. I, p. 190-191.
(25) « Eugenii de Louville, equitis, Regiae Scientiarum Academiae Socii, necnon Regalis Societatis Londinensis Sodalis, de mutabilitate Eclipticae Dissertatio, Aureliis die 4. Novembris Anni 1718 ad Collectores Actorum Eruditorum data, sed nunc demum exhibita. », Acta Eruditorum, 1719, p. 281-294.
(26) « Sur l’Obliquité de l’Ecliptique, & sur la hauteur du Pole d’Alexandrie. », Mémoires de l’Académie royale des sciences, année 1716, p. 295-302, présenté par Fontenelle dans l’Histoire de l’Académie royale des sciences, année 1716, p. 48-53.
(27) Mémoires de Mathématique & de Physique de l’Académie des sciences, année 1734, p. 491-502 ; présenté par Fontenelle, sous le titre « Sur l’Obliquité de l’Ecliptique », Histoire de l’Académie royale des sciences, année 1734, p. 77-82.

oyseaulx | 18 h 23 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 31/12/07 à 04 h 21

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