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études sçavantes

Réponses aux objections

Jeudi 13 Septembre 2007.

Aristotelis de Anima, II, 5, 416 b 32-418 a 6

traduction personnelle inédite

    (II, 5, 416 b 32) Les points précédents étant précisés, envisageons, maintenant, la sensation dans ce qu’elle a toujours en commun. Une sensation consiste à être mû et à subir une action, comme nous l’avons dit ; il semble bien s’agir d’une espèce d’altération. D’aucuns soutiennent que du semblable peut aussi subir l’action de ce qui lui est semblable, et en quel sens cela peut, en effet, se produire, et en quel sens cela ne se peut, nous l’avons précisé dans notre propos général consacré à l’action et à l’action subie. Une autre difficulté est de savoir pourquoi on n’a pas aussi la sensation des sensations elles-mêmes, et pourquoi ces dernières ne donnent pas lieu à une sensation, même lorsque leur objet extérieur fait défaut, du seul fait qu’elles renferment le feu, la terre et les autres éléments, qui sont ce sur quoi porte la sensation, ainsi que sur leurs propriétés. On voit très bien que quelque chose qui peut sentir n’est pas en acte, mais, seulement, en puissance, raison pour laquelle il ne sent pas, exactement comme quelque chose qui peut être allumé ne s’allume pas tout seul, en l’absence de ce qui l’allume ; sinon, il s’allumerait tout seul, sans avoir nul besoin de quelque chose qui est le feu en acte. Et puisque nous employons le verbe sentir en deux sens (puisqu’un être qui peut entendre ou voir, nous disons qu’il entend et qu’il voit, aussi bien quand il est en train de dormir, que quand il le fait vraiment), on devrait aussi employer le mot sensation en deux sens, celui de la puissance et celui de l’acte. De même quelque chose qui peut être senti : ce qui l’est en puissance et ce qui l’est en acte. Faisons donc, pour commencer, comme si subir une action, être mis en mouvement et s’exercer étaient une seule et même chose ; d’ailleurs, le mouvement est, lui-même, un exercice, bien qu’inaccompli, comme nous avons dit ailleurs. Or, tout ce qui subit une action et est mis en mouvement le fait sous l’effet de quelque chose qui est actif et qui est en acte. C’est bien pourquoi, en un sens, on subit cette action sous l’effet de ce qui vous est semblable, et, en un autre sens, de ce qui vous est dissemblable, comme nous l’avons dit : au moment même où on la subit, on est dissemblable, et, une fois qu’on l’a subie, on est semblable.
    Il faut aussi définir la puissance et l’acte, car, là, on vient de les prendre pour de l’argent comptant. Car il y a ce qui est savant au sens où l’on pourrait dire que quelqu’un est savant pour la simple raison que l’être humain fait partie des êtres qui sont savants et qui possèdent le savoir, et, puis, il y a ce qui l’est au sens où l’on décide d’appeler savant celui qui possède l’art de lire et d’écrire (car l’un ou l’autre ne le sait pas au même sens, mais bien, l’un, parce qu’il appartient à telle espèce [ou matière], et, enfin, il y a celui qui, quand il veut, peut le pratiquer, à moins que ne s’y oppose un obstacle extérieur) ; et c’est celui qui le pratique effectivement qui est savant en acte et qui sait vraiment lire ce A. Quant aux deux premiers, étant savants en puissance, ils deviennent savants en acte. Alors, voilà : quelqu’un dont le devenir-autre s’est effectué par l’intermédiaire d’un apprentissage, l’est devenu, généralement, par un changement qui a pour origine la disposition contraire, tandis que quelqu’un qui a subi le changement, de la simple possession de l’art de compter ou de lire et d’écrire, à leur exercice actuel, il l’est devenu en un sens différent. Quant à subir une action, là, encore, l’expression ne s’emploie pas en un sens unique, mais, d’une part, au sens de la disparition d’une qualité sous l’effet de son contraire, d’autre part, plutôt, d’un accomplissement de ce qui est quelque chose en puissance sous l’effet de ce qui l’est en acte et lui est, de ce fait, semblable au sens de la relation que la puissance entretient avec l’acte ; c’est, en effet, ce qui possède le savoir qui se met à l’exercer, ce qui, soit, n’est pas un devenir-autre (puisque ce qui vient en plus s’ajoute simplement à soi-même et à son degré d’actualisation), soit, correspond à un genre de devenir-autre différent. Pour cette raison, il n’est pas correct de dire que quelque chose qui réfléchit devient autre, lorsqu’il réfléchit, pas plus que ne devient un constructeur lorsqu’il construit. Conduire à l’actualité quelque chose qui pense ou qui réfléchit, depuis l’état de puissance où il se trouvait, il n’est pas exact de parler, à ce sujet, d’instruction et il faudrait lui donner un nom différent. Inversement, quelque chose qui, depuis l’état de puissance où il se trouvait, parvient à s’instruire et à acquérir un savoir sous l’effet de quelque chose qui est à l’état d’actualité et qui l’instruit, soit, il faut éviter de dire qu’il subit une action, au sens où nous employions cette expression, soit, il faut dire qu’il y a deux manières de devenir-autre, l’une, où le changement aboutit à des dispositions simplement transitoires, l’autre, à des dispositions définitives et constitutives d’une nature (1). Dans le cas de quelque chose qui peut sentir, le premier changement se produit sous l’effet de son parent, et, une fois qu’il est né, il possède, donc, au sens où l’on possède un savoir, la faculté de sentir. En revanche, l’actualisation de cette faculté se dit en un sens semblable à celui où l’on dit que la faculté de connaître s’exerce ; elle en diffère, toutefois, en ce que, dans le premier cas, ce qui produit le passage à l’acte vient du dehors : quelque chose qui peut être vu ou entendu, et pareillement le reste de ce qui peut être senti. La raison en est qu’une sensation actuelle porte toujours sur ce qui est individuel, et un savoir, sur ce qui est universel ; or, ce dernier réside, en un sens, dans l’âme elle-même. C’est pourquoi penser ne dépend que de vous, et on le fait comme on veut, tandis que sentir ne dépend pas de vous ; la présence de quelque chose qui peut être senti est indispensable. Il en va de même, encore, dans les savoirs qui portent sur ce qui peut être senti, et, ce, pour la même raison, parce que ce qui peut être senti fait partie de ce qui est individuel et de ce qui est extérieur.
    Peut-être, en une autre occasion, pourrions nous éclaircir davantage ces points ; pour l’instant, contentons-nous de préciser qu’étant donné que ce dont nous disons qu’il est en puissance ne se dit pas en un seul sens, mais, en un premier sens, au sens où l’on pourrait dire, d’un enfant, qu’il peut devenir stratège, et, en un deuxième sens, au sens où l’on pourrait dire qu’un homme dans la fleur de l’âge le peut, ce dernier cas correspond à celui de quelque chose qui peut sentir. Et puisqu’il n’y a pas de nom pour cette différence (2), mais que nous avons déterminé qu’il y a une différence entre les deux et en quoi consiste cette différence, il faut donner aux termes subir une action et devenir-autre leurs sens respectifs. Aussi, ce qui est susceptible de sentir est en puissance, à la façon dont ce qui est susceptible d’être senti est parvenu à l’actualité, comme nous avons dit. Par conséquent, il subit une action sans être semblable à ce dont il subit cette action, et, une fois qu’il l’a subie, il lui est devenu semblable et est comme lui. (418 a 6)

(1) Cf. Catégories, 8, 8 b 27-9 a 13.

(2) Cf. Ethique à Nicomaque, II, 7.

oyseaulx | 21 h 56 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 22/09/07 à 19 h 19 | Lu 3938 fois

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Commentaires

Et Siger de Brabant ?

sourys

21/09/07 à 17:48

Que fais-tu de Siger de Brabant ? Il dort revêtu d'orviétan ?

Re: Et Siger de Brabant ?

oyseaulx

21/09/07 à 17:58

Et Théon, il reçoit son courrier ?

Re: Et Siger de Brabant ?

sourys

21/09/07 à 18:01

A la Poste de Smyrne, ils disent qu'il se le fait suivre à Alexandrie.

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