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études sçavantes

Réponses aux objections

Mardi 27 Septembre 2005.

fragment d'une physique anonyme

    Si le monde avait une fin, celle-ci eût été atteinte. S'il eût été susceptible d'un état final sans l'intention de le réaliser, celui-ci eût également été atteint depuis longtemps. Qu'il fût seulement capable d'inertie, d'engourdissement, d'«Etre», en eût-il été susceptible ne fût-ce que pendant un seul et bref instant dans tout le cours de son devenir, il en était fait depuis longtemps de tout devenir, donc aussi de toute pensée, de tout «Esprit». Le fait que l'«Esprit» poursuit son devenir apporte la preuve d'un monde sans but ni fin, dépourvu de tout «Etre».
    Telle est cependant la puissance de cette vieille compulsion à se figurer des fins à tout devenir, tout comme, au monde, un Dieu Créateur pour le conduire, que le penseur a du mal à ne pas se figurer cette absence de fin à son tour comme le résultat d'une intention. L'idée suivant laquelle le monde écarte intentionnellement une telle fin, voire, élude l'instauration d'un cycle, sera immanquablement le recours de tous ceux qui voudraient lui suggérer la faculté d'une incessante nouveauté, ce qui revient à attribuer à une énergie finie, déterminée, se conservant toujours en quantité constante, tel le monde, la faculté miraculeuse d'un incessant renouvellement dans ses formes et dans ses dispositions. A défaut de s'identifier à Dieu, le monde n'en serait pas moins doué d'une puissance créatrice proprement divine et d'une puissance de métamorphose infinie ; spontanément, il répugnerait à récupérer telle de ses dispositions précédentes, et on lui reconnaît ainsi, non seulement l'intention, mais encore les moyens de se garder de toute répétition. A tout instant, le moindre de ses mouvements serait contrôlé en vue d'une absence de buts, de fins et de répétitions, et tout ce qui peut s'ensuivre d'une manière aussi impardonnablement débile de penser et de vouloir. C'est toujours l'ancienne manière religieuse de penser et de sentir, une sorte de nostalgie, qui fait croire le monde pareil en quelque secrète manière à la chère vieille divinité créatrice-et-infinie, -qu'en quelque façon le vieux Dieu est encore vivant, nostalgie de Spinoza que traduit la formule deus sive natura (qu'il ressentit, du reste, comme un natura sive deus).
    Comment formuler, dès lors, le principe et la croyance qui traduisent le retournement décisif et le triomphe désormais acquis de l'esprit scientifique sur l'esprit religieux qui installe partout ses dieux ? Sinon ainsi : le monde, comme énergie, n'a pas à être conçu comme illimité, car il ne saurait être ainsi conçu. Nous nous interdisons le concept d'une force infinie, car l'infinité contredit le concept de force. Par suite, le monde ne saurait pas non plus être doué d'une puissance d'éternel renouvellement.

oyseaulx | 19 h 21 | Rubrique : études sçavantes | Màj : 20/11/05 à 00 h 08 | Lu 4689 fois

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Commentaires

anonyme ?

oyseaulx

16/07/06 à 20:25

Personne ne semble encore s'être aperçu que ce texte n'est pas anonyme.

Anthony

30/03/07 à 23:34

Comme oyseaulx est passé nous voir il y a une heure à dada sur son mac, pourrais-je savoir s'il connaît le fragment antique où l'on trouve « Le même est pensée aussi bien que être » dans les milliers de pages de l'oeuvre de Schopenhauer ? Oui, je sais, le petit article mis sur cet énoncé n'est pas vraiment clair ou complet (puisqu'il parle de Badiou et tourne autour de son vide intellectuel). Mais certainement oyseaulx a-t-il un avis sur la question. Il y a toujours eu plusieurs manières d'appréhender la chose, l'une platonicienne, l'autre spinoziste (proche d'Héraclite, en somme). C'est une Question d'indiscipline.

PS : serait-il possible de mettre une partie du fragment de Nietzsche sur notre blog :)

Réponse à Anthony

oyseaulx

31/03/07 à 00:31

    Sur l'endroit où ça peut se trouver chez Schopenhauer, je n'ai aucune idée, cette citation est tellement commune que ça peut être n'importe où ; d'ailleurs, je ne dispose ici que du Monde comme V. et comme R. et je n'ai vraiment pas le temps de regarder là, car c'est l'heure d'aller au restaurant. Si cela vous intéresse, je pourrai regarder demain à quoi ça correspond dans Diels-Kranz ; comme ça, on pourra déjà sçavoir ce qui est vraiment écrit en grec. A première vue, il n'est pas impossible que l'approche platonicienne et l'approche spinoziste se rejoignent précisément dans l'interprétation schopenhauerienne ; ce ne serait pas la première fois.
    Vous pouvez faire de mes traductions tout usage qui ne m'abaisse pas dans l'estime des Bâlois ; grâce à ma famille et à mon agrégation, je n'ai pas besoin de compter sur ma plume pour vivre.

Anthony

31/03/07 à 16:19

Petit malentendu qui vient de ma mauvaise expression sas doute. Schopehauer tire le fragment non de parménide lui-même mais d'un alexandrin...

Schopenhauer vivaitt avant tout de sa rente après la vente de l'entreprise paternelle :)

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Anonyme

08/04/07 à 00:58


oyseaulx.com :  Si la veille ne naît pas du sommeil, tout finira par dormir. Si tout ce qui se fige reste définitivement figé, tout serait déjà figé ; or, il y a encore du mouvement ; donc, il y a un éternel retour. La preuve de l'éternel retour, c'est qu'il subsiste du mouvement : « Si le monde avait une fin, elle eût été atteinte. »."

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Anonyme

01/05/07 à 17:07


Pour reprendre ce que dit le plus sçavant des oyseaulx au
sujet cette cette traduction
qu'il a lui-même faite de ce fragment de Nietzsche : "Si la
veille ne naît pas du sommeil, tout finira par dormir. Si tout ce qui
se fige reste définitivement figé, tout serait déjà figé ; or, il y a
encore du mouvement ; donc, il y a un éternel retour. La preuve de
l'éternel retour, c'est qu'il subsiste du mouvement : « Si le monde
avait une fin, elle eût été atteinte. »."

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Anonyme

04/04/13 à 16:43

Sur la science - NIETZSCHE /… - PHYSIQUE /… - PHYSIQUE / La… - SCIENCES ET… - PH : " Pour reprendre ce que dit Monsieur le plus sçavant"

Anthony LC

05/01/14 à 23:15

C'était donc toi, hihi ! Anthonyme

Anthony LC

05/01/14 à 23:19

Un conseil de lecture entre traditionnalisme guénonien et dionysisme nietzschéen (quoique) : Pop Yoga de Pacôme Thiellement.

Thiellement vôtre

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