Hevelius, 1647
où l'on voit que, pas plus que Kepler, Hevelius n'a cru à une rotation de la Lune
Une explication, assez précise, de la libration mensuelle de la Lune se rencontre, en 1647, dans la Selenographia de Hevelius.
L’auteur commence par faire observer la singularité du phénomène, qu’il ne faut pas confondre avec la « libration » due au mouvement de la Lune « en anomalie » (1), ni avec une rotation (2), ce à l’encontre d’une interprétation de Montucla : tous les autres mouvements de la Lune font qu'elle se déplace d’un lieu dans un autre ; tel n’est pas le cas de la libration, sur laquelle, seule, nous renseigne l’observation du globe lunaire à la lunette (3) .
Hevelius décèle, en effet, un changement dans la situation des taches lunaires à l’égard de la circonférence du disque de la Lune, selon qu’elle parcourt, au cours de sa révolution sidérale, les signes « ascendants » ou les signes « descendants ». Lorsque, du Cancer au Capricorne, elle parcourt les signes « descendants », que, par conséquent, sa déclinaison diminue, puis, devient australe, les taches voisines des bords septentrional et occidental, comme Mare Crisium (Palus Mœotis), Mare Frigoris (Mare Hyperboreum) et Endymion (Lacus Hyperboreus Superior) (4), se rapprochent, dit Hevelius, de la circonférence apparente du disque lunaire. Dans le même temps, les taches voisines des bords méridional et oriental, comme Zucchius, Schikardus, Grimaldi (Palus Marœotis), s’en éloignent. L’ensemble des taches de la Lune subit donc un décalage général du Sud-Est en direction du Nord-Ouest, en tournant sur un axe de direction Nord-Est/Sud-Ouest (5).
Lorsqu’inversement, du Capricorne au Cancer, la Lune parcourt les signes « ascendants », Mare Crisium et Mare Frigoris s’éloignent de la circonférence occidentale et septentrionale, tandis que Zucchius, Schikardus et Grimaldi se rapprochent des bords méridional et oriental. L’ensemble des taches subit, ainsi, un décalage inverse, du Nord-Ouest vers le Sud-Est (6).
De la sorte (eo modo), poursuit Hevelius, lorsque la Lune est dans le Capricorne, l’intervalle compris entre Mare Crisium et la circonférence apparente sera le plus petit possible, et l’intervalle entre Grimaldi et le bord oriental, le plus grand possible (7). Mais lorsque la Lune est dans le Cancer, l’intervalle entre Mare Crisium et le bord occidental est le plus grand possible, tandis que Grimaldi se rapproche le plus possible du bord oriental (8), que Mare Frigoris s’éloigne du bord septentrional, et que se rétrécit la frange méridionale (9).
Ces phénomènes dépendent, dans l’esprit de Hevelius, de trois facteurs : le mouvement de la Lune en longitude, son mouvement en latitude, le mouvement des nœuds de la Lune (10). Cette explication, en progrès sensible sur celle de Galilée, eu égard à la richesse et à la qualité des observations qui l’illustrent, n’en revient donc pas moins, en fin de compte, à établir un rapport direct entre la quantité de la libration et la longitude de la Lune, donc, indirectement, sa déclinaison, les effets qui résultent du mouvement en latitude et du mouvement des nœuds étant assimilés à des inégalités (11).
Pourtant, si, pour un calcul, on peut rattacher la libration au mouvement de la Lune en déclinaison, il demeure acquis qu’elle tire son origine de trois mouvements réels et s’explique par leurs rapports. Sans être un mouvement réel, comme une précession, il reste que, tout en conservant, vraisemblablement, dans l’esprit de l’auteur, le statut d’un phénomène optique ou d’un effet de perspective, elle est d’un autre ordre de grandeur qu’une simple parallaxe horizontale. Hevelius lui attribue, du reste, correctement, une période d’un peu moins de vingt-huit jours (12). Et en la liant explicitement au « mouvement propre » de la Lune, il lui accorde, en quelque sorte, une réalité qu’elle n’avait sans doute pas chez Galilée.
L’originalité de cette explication est de considérer la libration de la Lune comme un phénomène unique, susceptible seulement de modifications mineures (dues, pour l’essentiel, au mouvement des nœuds, qui introduit une grande inégalité de dix-huit ans et sept mois), au lieu d’attribuer deux causes distinctes à deux phénomènes libratoires distincts. Dans la Selenographia, la libration ne se fait, ni en longitude, ni en latitude, mais dans une direction Nord-Ouest/Sud-Est, sur un axe Nord-Est/Sud-Ouest, ou, plutôt, Est-Nord-Est/Ouest-Sud-Ouest. C’est l’obligation où il s’était mis de lier constamment des librations en longitude (comme celles du Mare Crisium et de Grimaldi) et des librations en latitude (comme celle du Mare Frigoris), qui explique l’erreur la plus flagrante de Hevelius : d’avoir lié le plus grand éloignement du Mare Frigoris de la circonférence apparente du disque lunaire à la déclinaison la plus boréale, erreur que, seule, explique la nécessité de le faire coïncider avec celui du Mare Crisium par rapport au bord occidental. Des observations ultérieures conduiront, dès 1648, Hevelius à dissocier les deux phénomènes, comme montre sa lettre imprimée à Riccioli de 1654 (13).
Dans l’illustration des apparences libratoires dites, aujourd’hui, de latitude, Hevelius est, en effet, en 1647, en contradiction flagrante avec le Galilée de la Lettre à Alfonso Antonini, écrite en 1638, mais à partir d'observations qui paraissent bien antérieures. Le lien qu’établit Hevelius, entre le plus grand éloignement du Mare Crisium, du bord occidental, et celui du Mare Frigoris, du bord septentrional, joint au hasard d’une position de l’apogée de la Lune dans la Balance, au moment des observations de 1644, qui lui fait trouver le plus grand éloignement du Mare Crisium dans le Cancer, le conduit à placer le plus grand éloignement du Mare Frigoris, lui aussi, dans le Cancer, c’est-à-dire, lorsque la hauteur méridienne de la Lune est la plus grande. Pour Hevelius, lorsque la hauteur de la Lune s’accroît, par l’effet de son mouvement en déclinaison, elle découvre les régions voisines de la circonférence boréale de son disque, où se trouve le Mare Frigoris, alors qu’un raisonnement d’optique géométrique avait conduit Galilée à la conclusion inverse : « Quando poi la Luna...mutasse (come ella grandemente fa) le altezze meridiane, notabile mutazione apparirebbe pure nelle macchie : impero; che essendo bassa si scoprirebbe parte delle macchie superiori, cioè settentrionali , nascondendosene all’incontro altretante delle basse et australi ; dove che trovandosi ella altra volta molto elevata, scoprirebbe l’occhio parte delle macchie australi, che prima non vedeva, e perderebbe delle boreali, nell’altro caso vedute. ». Au contraire, selon Hevelius, « cum Luna in principio Cancri est constituta..., pars Lunae superior, id temporis est amplissima (...), at circa Austrum, pars Lunae haud exigua iterum absconditur. ».
Il semble donc qu’à une position de la Lune dans le Cancer, corresponde toujours, dans l’esprit de Hevelius, un recul du Mare Frigoris, recul qui s’accuse lorsque la latitude de la Lune augmente. Conclusion erronée, car, si le recul du Mare Frigoris dépend bien de la latitude de la Lune, il correspond, en réalité, à une latitude de -5°, où s’ouvre une frange au Nord, mais qui s’explique, ici, par le hasard de la position du nœud descendant dans le Bélier au moment des observations de 1644. Séduit par l’idée qui rattache les termini libratorii à l’opposition signes ascendants/signes descendants, donc, l’idée d’une période tropique, plutôt que draconitique, de la libration, Hevelius fait dépendre ce mouvement de la déclinaison de la Lune, son mouvement en latitude se traduisant, sur le plan de la libration, par une simple inégalité qui affecte un phénomène essentiellement tropique, où la discordance entre le retour de la Lune au point vernal, ou révolution tropique, et son retour au nœud ascendant, ou révolution draconitique, produit une grande inégalité de dix-huit ans et sept mois, de même période que la révolution des nœuds de la Lune. Les conditions particulières des observations de 1644, avec nœud descendant dans le Bélier, auxquelles Hevelius n’attribue pas une importance suffisante, le conduisent, à l’inverse de Galilée, qui procédait, lui, par déduction géométrique et optique, à lier la plus grande déclinaison Nord de la Lune, à un déplacement des taches lunaires dans le sens Sud-Est, provoquant le recul du Mare Crisium et du Mare Frigoris, et la plus grande déclinaison Sud, au déplacement dans le sens Nord-Ouest, ayant pour effet de rapprocher Mare Crisium, du bord Ouest, et Mare Frigoris, du bord Nord du disque lunaire (14). D’autre part, le déplacement du Mare Crisium vers l’Est s’explique par une anomalie moyenne de la Lune, de 270°, dans le Cancer, donc, à une position de l’apogée dans la Balance. Le hasard d’une position du nœud descendant dans le Bélier, et de l’apogée dans la Balance, fait que Hevelius lie, indûment, l’un à l’autre, deux phénomènes complètement distincts : le déplacement du Mare Frigoris, vers le Sud, qui dépend de la latitude de la Lune, et le déplacement du Mare Crisium, vers l’Est, qui dépend de son anomalie moyenne. Quelles que soient les inégalités introduites par le mouvement de la Lune en latitude, du moment qu’en liant, l’une à l’autre, la libration du Mare Crisium et celle du Mare Frigoris, Hevelius conçoit la libration comme un phénomène unique, dont les différents éléments ne sont pas distingués par leurs concepts, il la fait bien dépendre de la déclinaison, sans que ce lien de dépendance revête, du reste, nécessairement, à ses yeux, la signification d’un lien de cause à effet. En effet, pour faire correspondre constamment le mouvement du Mare Frigoris à celui du Mare Crisium, la quantité de la libration du premier ne sera pas, en raison de l’inégalité introduite dans la libration du second par le mouvement des apsides, dans un rapport simple avec la quantité de la déclinaison de la Lune, autrement dit, le plus grand écart, de la circonférence apparente du disque, du Mare Frigoris n’aura pas toujours lieu dans un même signe du zodiaque, et ce maximum se déplacera dans l’écliptique en accomplissant une révolution complète en huit ans, période de la révolution des apsides lunaires. Ce n’est pas la quantité de la déclinaison de la Lune qui détermine celle de la libration du Mare Frigoris ; celle-ci est, simplement, rattachée, passagèrement, à tel signe particulier. La théorie de la libration de la Selenographia est, de ce fait, une théorie phénoméniste tirée des observations, non, comme l’était, au contraire, celle de Galilée, une théorie géométrique et optique purement déductive ; elle se propose de fournir, grâce à un diagramme réticulaire, des commodités pour le calcul et pour la construction géométrique de la circonférence apparente du disque lunaire dans telles conditions, non de donner une explication scientifique du phénomène de la libration. Dans l’esprit de l’auteur, il n’y a pas de rapport intrinsèque entre le déplacement apparent des taches vers le Sud-Est et la quantité de 18° qui dut alors être celle de la déclinaison de la Lune. On peut donc, en un sens, justifier Hevelius, lorsqu’en réponse à une imputation de Riccioli, qui semble n’avoir, sur ce point, de la Selenographia, qu’une connaissance indirecte (15), il lui écrit terminos libratorios in eodem signo, sc. Cancro, perpetuo permansuros se nusquam asseruisse. Boulliau écrit avec raison, en 1648, que la période de la libration « n’a encore pu être fixée avec précision ». Dans une lettre qu’il lui adresse en réponse à la Selenographia, Boulliau fait remarquer à Hevelius que, si, d’après ses observations, comme d’après les siennes propres, le plus grand recul, du bord occidental, du Mare Crisium (ici appelé Caspia, s.-e. macula) avait bien eu lieu dans le Cancer, et son plus grand rapprochement, dans le Capricorne, celui-ci avait été observé par lui, en 1648, dans les Gémeaux, puis, dans la Vierge, tandis qu’un recul sensible se manifestait vers le commencement de la Balance et atteignait son maximum dans le Sagittaire (16). La libration du Mare Crisium paraissait donc affectée d’une inégalité dont on pouvait estimer la période à un peu plus de huit ans. On a vu les conséquences qu’entraîna cette découverte.
Il reste délicat de déterminer dans quelle mesure Hevelius a conçu la libration comme un phénomène optique ou comme un phénomène physique. Nous avons fait observer que, si, dans la Selenographia, la libration se rattache à la déclinaison de la Lune, le rapport entre libration et déclinaison n’est pas un rapport constant, en d’autres termes, la libration n’augmente pas en raison directe de la déclinaison. Ce n’est donc pas le mouvement de la Lune en déclinaison qui est, aux yeux de Hevelius, la cause, qu’elle soit optique ou physique, de la libration. Cette conclusion est confirmée par la nature du rapport qui lie la libration à la déclinaison. En se limitant à la libration dite, aujourd’hui, en latitude, qui est à l’origine du déplacement du Mare Frigoris, les conséquences qu’avait tirées Galilée d’un raisonnement optique et géométrique sont, en effet, en contradiction avec les observations invoquées par Hevelius. Si la libration (en latitude) est un phénomène optique, à une plus grande hauteur méridienne de la Lune, produite par sa déclinaison boréale, correspondra un rétrécissement de la frange Nord du disque lunaire, et, lorsque la Lune est dans le Cancer, le Mare Frigoris, se rapprochera, par conséquent, de la circonférence apparente du disque, alors que, dans les observations de Hevelius, de 1644, il s’en éloigne. Sans doute, Hevelius n’a pas cru longtemps à la stabilité des termini libratorii dans le Cancer et dans le Capricorne ; cependant, d’avoir rattaché, en 1644, le plus grand éloignement du Mare Frigoris, à la plus grande déclinaison boréale, laisse penser que le lien entre déclinaison et libration ne revêt pas, du moins à cette date, dans son esprit, la signification d’un rapport de cause à effet.
Conclura-t-on, alors, que la libration présente, dans la Selenographia, un caractère physique ? Sans doute, en la comparant au mouvement d’un globe céleste (17), Hevelius peut lui paraître attribuer la nature d’un mouvement réel, mais, en dehors de cette analogie, équivoque au regard de la nature, optique ou physique, du phénomène, rien n’autorise explicitement à penser qu’il ait vu, dans la libration, une réalité physique. Rien, si ce n’est une remarque troublante au sujet d’un mouvement des pôles du Soleil, copiée sur la Rosa Ursina de Scheiner, mouvement auquel Hevelius semble bien, à la suite de l’auteur, avoir reconnu une signification physique. On sait le rôle joué par la nature physique reconnue à ce mouvement des pôles du Soleil dans la discussion de la Terza Giornata relative au mouvement de la Terre. Le réalisme de Hevelius, quant au mouvement des pôles du Soleil, permet-il de conclure à son réalisme à l’égard de la libration de la Lune ? Quoi qu’il en soit, il peut paraître oiseux de s’appesantir sur cette théorie de la libration de la Selenographia, bientôt abandonnée par son auteur. La question revêtira une importance nouvelle dans le cas de la théorie de la libration en latitude, que développe l’Epistula de Motu Lunae libratorio de 1654.
Malgré ces ambiguïtés, peut-on dire que la Selenographia représente un progrès par rapport à la lettre de Galilée à Alfonso Antonini ? Nous inclinons à répondre affirmativement à cette question.
A la Selenographia revient, peut-être, le mérite, en opérant sur des observations bien plus nombreuses, minutieuses et systématiques que celles de Galilée, d’avoir soustrait l’explication de la libration de son contexte optique et géométrique. Même dans le cas de la libration mensuelle, l’explication galiléenne demeurait un simple problème d’optique géométrique, traité à la façon de Maurolycus, par la détermination de la section d’un globe par un plan perpendiculaire au rayon visuel. Non seulement, la libration restait ainsi une simple question de point de vue de l’observateur, dont le mode d’explication empruntait, pour modèle, la parallaxe horizontale, mais, surtout, il s’agissait, dans l’esprit de Galilée, d’une construction a priori, les observations n’intervenant qu’après coup pour confirmer, ou infirmer, les conséquences déduites a priori de l’hypothèse d’un globe lunaire qui ne fût affecté de nulle libration physique, toute apparence de libration étant, par hypothèse, posée comme étant de nature optique. Pour la première fois, l’étude d’une telle apparence est conduite, dans la Selenographia, à partir des observations et en l’absence de tout postulat quant à sa nature, optique ou physique.
(1) Le mouvement en anomalie désigne, ici, la révolution de la Lune dans l’épicycle. La révolution de la Lune autour du centre de l’épicycle et la révolution du centre de l’épicycle sur le déférent ayant des périodes distinctes, il en résulte une « libration » en longitude, par l’effet de laquelle la Lune ne présente pas toujours rigoureusement le même hémisphère vers la Terre. Cette acception du terme de « libration » est courant dans l’astronomie jusqu’à Kepler (voir, à titre d’exemple, chez ce dernier, l’emploi du mot dans l’Epitomé Astronomiae copernicanae), notamment dans le cadre des théories des planètes faisant intervenir un épicycle. Hevelius précise que ce n’est pas de cette libration-là qu’il traitera dans la suite (Selenographia, Danzig, 1647, p. 236.).
(2) Après avoir comparé le mouvement libratoire de la Lune au mouvement d’un globe artificiel, Hevelius ajoute : « At non est, quod tibi persuadeas (...), Lunam beneficio huius Librationis plane in orbem circumvolvi, instar Globi artificialis, qui omni ex parte circumducitur ; verum Luna tantum ex parte, respectu nostri, circumagitur, certamque aliquam solummodo hemisphaerii latentis Lunae particulam nobis spectandam obvertit. » (op. cit., p. 237. Traduction: « En revanche, il ne faut pas croire...que la Lune, du fait de cette libration, accomplit une révolution complète en cercle, à l'exemple du Globe artificiel, auquel on fait accomplir un tour entier, tandis que la Lune décrit un tour seulement partiel, par rapport à nous, et présente à notre vue une certaine petite partie déterminée seulement de l'hémisphère caché de la Lune. »). Insistons sur ce fait que Hevelius nie formellement la rotation de la Lune, dont Delambre, se fondant sur le texte de la Nota 128 du Somnium astronomicum, croit pouvoir déceler l’idée jusque dans Kepler. Cf. Mairan (Jean-Jacques Dortous de), « Recherches sur l’Equilibre de la Lune dans son Orbite. », Mémoires de l’Académie royale des sciences, année 1747, p. 8 : « Prenons garde aussi que dans les auteurs contemporains de Kepler, ou dans ceux qui l’ont suivi, & qui ont traité de la libration de la Lune, jusqu’à feu M. Cassini, lorsqu’ils ont parlé du mouvement de cette planète sur un axe, c’est toûjours de son balancement qu’il faut l’entendre, & sur un axe très différent de celui de la révolution totale qui fait le sujet de la question. ».
L'on se reportera à nos remarques sur ce texte.
(3) Cf. op. cit., p. 236.
(4) Nous désignons les accidents du sol lunaire conformément à la nomenclature, toujours en vigueur, de Riccioli, en faisant suivre, le cas échéant, le toponyme de son équivalent dans la nomenclature de Hevelius. On trouve une table des concordances dans l'Astronomisches Handbuch de Johann Leonhardt Rost, Nuremberg, 1718.
(5) « ab Euroaustro Corum versus, in Signis descendentibus. » (op. cit., p. 238). Sur la position de l’axe, voir p. 237.
(6) « A Coro ad Euroaustrum, dum in signis nempe ascendentibus...moratur. » (op.cit., p. 238). Il semble que Hevelius entende un mouvement de direction Nord-Nord-Ouest/Sud-Sud-Est (Euro-Auster).
(7) « Quando Luna versatur in Capricorno...inter ipsum Lunae marginem, & Paludem Mœotidem, interstitium admodum tenue conspicuum ; rursum vero e regione, inter Peripheriam & Paludem Marœotidem, spatium amplissimum cernitur. » (op.cit., p. 238. Traduction : « Quand la Lune se trouve dans le Capricorne..., entre le bord même de la Lune, et la Palus Mæotis, est visible un intervalle tout petit ; et du côté opposé, entre la Circonférence et la Palus Maræotis, on voit un espace très large. »).
(8) « Cum Luna in principio Cancri est constituta..., spatium inter Paludem Moeotidem & Peripheriam eo tempore est latissimum, sic ut duae longiusculae Maculae distincte cerni possint ; e regione rursum, inter Paludem Marœotidem & Lunae marginem, tanto magis est coarctatum. » (op. cit., p. 238-239. Traduction : « Lorsque la Lune est placée au commencement du Cancer..., à cette époque, l'espace compris entre la Palus Mæotis et la Circonférence est très large, au point qu'on distingue nettement deux Taches un peu allongées ; et du côté opposé, entre la Palus Maræotis et le bord de la Lune, il est d'autant plus resserré. »).
(9) « Pars Lunae superior id temporis est amplissima, ut non solum Lacus Hyperboreos, sed & Paludem Amadocam, satis a Limbo distantes dilucide conspicere non nequeas, at circa Austrum, pars Lunae haud exigua iterum absconditur. » (op. cit., p. 239. Traduction : « A cette époque, la partie supérieure est très vaste, au point qu'on peut très bien voir nettement se tenir à une bonne distance du Bord, non seulement, les Lacus Hyperborei, mais encore la Palus Amadoca. En revanche, vers le Sud, une assez grande partie de la Lune est, inversement, cachée. »). A supposer que ces derniers renseignements soient exacts sur le plan des observations, ce qui placerait le nœud ascendant dans la Balance au moment de celles-ci, on voit mal comment ils s’accordent avec l’ensemble de la conception de l’auteur, qui lie la libration au mouvement de la Lune en déclinaison.
On pourra se reporter aux planches VI, XI, XII, XIII, XIV, XV, XVII, XIX et XX du site des oyseaulx.
(10) « Ex triplici motu proficiscitur. Primo ex motu Longitudinis... Secundo, ex motu Latitudinis, situ Nodorum & Limitum. » (op. cit., p. 238).
(11) « Qui motus...motum Longitudinis in omnibus fere concomitatur, illique plane sese accommodat. Quodsi Luna non simul motui Latitudinis esset subiecta, sed perpetuo secundum Longitudinem in Ecliptica circumageretur, facile & hic motus Libratorius intelligeretur ; quia vero Luna, ratione motus Latitudinis, modo Boream, modo Austrum versus exspatiatur, Nodosque variat, similiter accidit, ut hic motus Librationis, eadem ratione, in dies varietur, instar motus Longitudinis & Latitudinis; adeo ut singulis Mensibus diversimodo observetur, & rarissime, ac non nisi post multos elapsos annos, in simili constitutione spectetur. » (op. cit., p. 239. Traduction : « Et ce mouvement...accompagne à peu près en toutes choses le mouvement en Longitude, et se règle tout à fait sur lui. Et si la Lune n'était pas sujette, en même temps, à un mouvement en Latitude et accomplissait, au contraire, perpétuellement sa révolution dans l'Ecliptique, en Longitude, on pourrait encore comprendre facilement ce mouvement Libratoire ; mais, puisque la Lune, en raison de son mouvement en Latitude, présente des écarts, tantôt, vers le Nord, tantôt, vers le Sud et change ses Nœuds, il se trouve, pareillement, que ce mouvement Libratoire, pour la même raison, change tous les jours, à l'exemple du mouvement en Longitude et en Latitude ; à tel point que, chaque mois, on observe qu'il est différent et qu'on ne le voit constitué d'une manière semblable que très rarement, et toujours au bout de plusieurs années. »).
(12) « Ut vero Luna singulis Mensibus signa duodecim Coelestia motu proprio percurrit, ita & hic motus Librationis Disci, menstruo spatio absolvitur. » (op. cit., p. 239).
(13) Il s’agit de l’Epistula de Motu Lunae libratorio, Danzig, 1654.
(14) « Ut vero Luna singulis Mensibus signa duodecim Coelestia motu proprio percurrit, ita & hic motus Librationis Disci menstruo spatio absolvitur ; quatuordecim circiter dies, usque quo in Signis Descendentibus commoratur, retrorsum libratur contra seriem signorum, ab Austro Corum versus & partem superiorem ; rursus, per quatuordecim dies, quum Luna in Signis Ascendentibus subsistit, antrorsum fertur, secundum Eclipticae ductum a Coro Euroaustrum versus, qui motus hoc modo perennat, motumque Longitudinis in omnibus fere concomitatur, illique plane sese accommodat. » (Selenographia, p.238. Traduction : « Tout comme la Lune, chaque mois, parcourt, de son mouvement propre, les douze signes célestes, de même, à son tour, ce mouvement de Libration du Disque s'accomplit en l'espace d'un mois ; pendant quatorze jours environ, aussi longtemps qu'elle demeure dans les Signes descendants, la libration se fait en arrière, contre l'ordre des signes, du Sud en direction du Nord-Ouest et de la partie supérieure ; inversement, pendant quatorze jours de suite, quand la Lune se trouve dans les Signes ascendants, elle se porte en avant, étant conduite, dans le sens de l'Ecliptique, du Nord-Ouest en direction du Sud-Est, et le mouvement se maintient en permanence sur ce mode, accompagne quasiment en toutes choses le mouvement en Longitude et s'y conforme entièrement. »). Dans les « signes descendants », le mouvement de libration se fait, selon Hevelius, dans le sens Sud-Est/Nord-Ouest ; il se fait donc, à la fois, retrorsum, « en arrière », et dans le sens dit rétrograde, d'orient en occident, « contre l'ordre des signes » ; dans les signes ascendants, il se fait dans le sens Nord-Ouest/Sud-Est, donc, à la fois, antrorsum, « en avant », et dans le sens dit direct, d'occident en orient, « dans l'ordre des signes ». Les expressions retrorsum et antrorsum appartiennent au même champ sémantique que les verbes alzare et abbassare dans la Lettre à Alfonso Antonini, avec cette différence que Galilée les emploie à propos de l'effet de parallaxe qui constitue la « libration diurne » : « La luna, dunque, con periodo diurno alza et abbassa la faccia nel tramontare e nel nascere... ». A ce champ sémantique appartiennent aussi les occurrences des verbes procumbere et deprimi dans la lettre de Boulliau à Alfonso Antonini du 30 juin 1646, citée ailleurs.
(15) L’imputation de Riccioli, dans l’Almagestum novum, de 1651, dont Hevelius se défend au début de l'Epistula de Motu Lunae libratorio, de 1654, reproduite dans l’Astronomia reformata, de Riccioli, de 1665, pp. 169 sq., semble reposer sur l’exposition que donne, de la théorie de la libration de la Selenographia, Niccolo Zucchi, dans sa Nova de Machinis Philosophia, Rome, 1649, p. 222.
(16) « Ante quinque aut sex annos, maxima Caspiae, tuo vero loquendi more Paludis Mœotidis, ab occidentali Lunae margine distantia contigit in signo Cancri, minima vero in Capricorno ; idque nobis ambobus observatum est. At hocce anno Martii die 30. hor. 8. Luna in 25. g. II existente, Palus Mœotis limbo Lunae fuit vicinissima. Deinde Iulii die 22 post occasum Solis Luna in (signo Virginis, in Symbolo scripto) g. 2 existente, Palus illa Mœotis vicina valde adhuc erat limbo occiduo. Die vero 24 circa principium (signi Librae, in Symbolo) posita Luna, sensibiliter macula illa a margine recesserat. Augusti vero sequentis die 26. Hor. 8., dum Luna percurrebat (signum Sagittarii, in Symbolo) g. 21., tunc maxime aberat Palus Moeotis a limbo: ita ut non mihi constet (graecum est, non legitur). » (Boulliau à Hevelius, 11 décembre 1648 ; B.N., mss fr. 13.043, fol. 12° v° et mss fr. nouvelles acq. 5.856, fol. 17 (original ?) ; traduction : « Il y a cinq ou six ans, la plus grande distance de la Caspia, ou, dans ta façon à toi de t'exprimer, de la Palus Mæotis, par rapport à la circonférence occidentale de la Lune, se produisit dans le signe du Cancer, et la plus petite, dans le Capricorne ; et cela a été observé par chacun de nous deux. En revanche, le 30 Mars de la présente année, à 8 heures, la Lune se trouvant dans le 25ème degré des Gémeaux, la Palus Mæotis était très proche du bord de la Lune. Ensuite, le 22 juillet, après le coucher du Soleil, la Lune se trouvant dans le deuxième degré de la Vierge, cette Palus Mæotis était toujours très proche du bord occidental. Mais, le 24, la Lune se trouvant aux alentours du début de la Balance, cette tache s'était nettement éloignée de la circonférence. Et, le 26 du mois d'Août suivant, à 8 Heures, alors que la Lune traversait le 21ème degré du Sagittaire, la Palus Mæotis était, à ce moment-là, à sa plus grande distance du bord, si bien que la période de la libration de la Lune n'est pas encore, me semble-t-il, établie avec précision. » ; cf. Hevelius à Boulliau, 18 février 1650 (13.043, fol. 20° v°-21° r° et lat. 10.347, t. II, fol. 4° r°-v°) ; Boulliau à Hevelius, 18 avril 1650 (13.043, fol. 23° r°) et Boulliau à Hevelius, 23 juillet 1655 (13.043, fol. 61°-64°).
Le membre de phrase reproduit en italiques est en grec dans le manuscrit.
(17) « Hic motus circa axes & Polos proprios fit, instar motus Globi artificialis Coelestis vel Terrestris, qui prorsus in orbem circumvolvitur, licet de loco nequaquam moveri possit. Attamen ratione huius motus quodlibet punctum, sub meridiano constitutum, ab eodem dimovetur, aliudque admovetur, quemadmodum facile intelligitur. Atque sic cum motu Librationis Lunae est comparatum. Nam etsi propterea, non omnino de loco deturbetur, nihilominus centrum disci Lunaris visibile, ex hoc fundamento, aut antrorsum, aut retrorsum, sursum vel deorsum, fertur, adeo ut centrum eius, modo circa hanc, modo circa aliam Maculam, necessario supponatur. » (Selenographia, p. 236-237. Traduction : « Ce mouvement se fait sur des axes et des Pôles particuliers, à l'exemple d'un Globe artificiel céleste ou terrestre, qui s'avance en tournant en cercle, sans pouvoir aucunement bouger de son lieu. Néanmoins, en raison de ce mouvement, un point quelconque, placé sous le méridien, s'éloigne de lui, et un autre s'en rapproche, comme il se comprend aisément. Or, c'est à ce titre qu'on l'a comparé au mouvement de la Libration de la Lune. Car, bien que, pour cette raison, elle ne soit nullement tirée de son lieu, ce qu'on voit comme étant le centre du disque lunaire se déplace, en se fondant sur notre supposition, soit, en avant, soit, en arrière, ou encore, vers le haut et vers le bas, de telle façon qu'on en vient nécessairement à trouver son centre, tantôt, aux alentours de telle Tache, tantôt, de telle autre. »). Toutefois, cette comparaison entre la libration et le mouvement d'un globe artificiel n'est pas sans risques, puisqu'elle peut conduire une lecture anhistorique à y voir l'indice d'une croyance de Hevelius en une possible rotation de la Lune, au sens d'une révolution entière sur son axe. De fait, c'est ainsi que ces textes ont été compris à l'âge du positivisme historique, comme en témoignent les textes, déjà cités, de Montucla et de Delambre. Notre hypothèse, suivant laquelle la Lune, dans l'esprit de Hevelius, ne tourne pas sur son axe (hypothèse qui nous apparaît comme le Schibboleth d'une conception scientifique de l'histoire de l'astronomie ancienne) écarte la traduction du membre de phrase qui prorsus in orbem circumvolvitur par qui accomplit une révolution entière dans un cercle. L'adverbe prorsus a les deux sens de en avant (qui autorise notre interprétation) et de entièrement (qui l'interdirait). Notre choix s'autorise du rapprochement avec les passages quodlibet punctum, sub meridiano constitutum, ab eodem dimovetur, aliudque admovetur et centrum disci Lunaris visibile...aut antrorsum, aut retrorsum, sursum vel deorsum, fertur, qui suggèrent que, sous une légère impulsion de la main, le globe artificiel accomplit, non une révolution entière, mais une révolution partielle, par l'effet de laquelle un point de la surface du globe vient à se trouver sous le méridien (de bois) à la place de celui qui s'y trouvait précédemment. Le texte que nous citions à la note (2), et qui fait suite immédiatement au passage que nous commentons, nous apparaît, à cet égard, décisif. Pour une exposition systématique des raisons que nous invoquons pour refuser l'idée d'une rotation de la Lune, voir notre article.
oyseaulx |
16 h 59 |
Rubrique : études sçavantes
| Màj : 07/10/07 à 00 h 15
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