L'idée de classement, en termes de rang obtenu, est-elle compatible avec le caractère sérieux requis du travail intellectuel ? Plus précisément, peut-on instruire sans classer ? Cette question pourrait sans doute s'éclairer si l'on se demandait à quelle époque (et dans quelles conditions, pour reprendre ma sempiternelle antienne) l'on s'est mis à noter et à classer ses élèves ? Et à quelles fins ? Imagine-t-on Albert le Grand mettant une note à saint Thomas d'Aquin, aux fins d'un classement ? Cette idée de classement est donc bien liée aux conditions historiques de son apparition, contemporaine de l'enfermement des « étudiants » dans ces espèces de prisons appelés collèges qu'on voit apparaître sur les flancs de la montagne Sainte-Geneviève à une époque précise, dans des conditions historiques précises et dans un but précis. Cette idée n'est donc pas neutre politiquement. On peut, du reste, douter qu'il existe des idées politiquement neutres.