pourquoi on ne voit pas la face cachée de la Lune
Dortous de Mairan et la critique des Cassini
On serait tenté de répondre qu'on ne voit pas la face cachée de la
Lune, parce que la Lune ne tourne pas sur elle-même. La Lune ne tourne
donc pas sur elle-même ? A ces mots, nous reviennent
à la mémoire les paroles d’Aristote : «Mais, d'un autre côté, que les
astres n'ont pas non plus de roulement, c'est manifeste ; ce qui roule,
en effet, doit nécessairement tourner, tandis que, de la Lune, est
toujours apparent ce qu'on appelle sa face», commentées par Sir Thomas
Heath en ces termes : «It has been commonly remarked that Aristotle
draws a curious inference from the fact that the moon has one side
always turned to us, namely that the moon does not rotate about its own
axis, whereas the inference should be the very opposite. But this is, I
think, a somewhat misleading statement of the case and less than juste
to Aristotle. What he says is that the moon does not turn round in the
sense of rolling along ; and this is clear enough because, if it rolled
along a certain path, it would roll once round while describing a
length equal to 3,1416 times its diameter, but it manifestly does not
do this. But Aristotle does not say that the moon does not rotate ; he
does not, it is true, say that it does rotate either, but his
hypothesis that it is fixed in a sphere concentric with the earth has
the effect of keeping one side of the moon always turned towards us,
and therefore incidentally giving it a rotation in the proper period,
namely that of its revolution round the earth.» (1).
Mais nous ne saurions souscrire à cette explication. D'importantes
raisons s'y opposent, qui sont d'un ordre, à la fois, historique et
épistémologique et qu'il convient, maintenant, d'examiner. Outre qu’il
est,
méthodologiquement, contestable d’attribuer, à un auteur, des
sous-entendus, il nous semble, précisément, qu’au contraire, lorsqu’il
refuse, aux
astres, la dinesis, Aristote leur refuse, précisément, la
«rotation», à
supposer, toutefois, que quoi que ce soit d’approchant, ne fût-ce que
lointainement, d’une «rotation», au sens où l’entend Heath, dans le
contexte d’une «mécanique» céleste, où s’équilibrent et s’affrontent
des forces qui représentent un travail, une certaine dépense d’énergie
mécanique, puisse jamais s’être présenté à l’esprit d’Aristote. Les
astres relèvent, pour Aristote et ses contemporains, de deux discours
possibles, soit, du discours du géomètre, dont la pratique consiste à
mesurer, non des forces, mais des mouvements réciproques, pensés dans
un concept d’une définition nominale toute galiléenne («Il moto in
tanto è moto e come moto opera, in quanto ha relazione a cose che di
esso mancano» (2))
et dont, par conséquent, peut servir de critère la perception, soit, du
discours du «physicien», entendons, du naturaliste, où peut, sans
doute, surgir la question de la nature ou de l’origine d’un mouvement,
mais non celle de sa quantité, ni de sa mesure. Or, puisqu’elle
reléguait la question de la nature des forces, ou de l’origine du
mouvement, et celle de la mesure de sa quantité, dans des branches
distinctes, peu communicables, du savoir scientifique, l’ancienne
astronomie n’avait, précisément, nulle idée d’une «mécanique» céleste.
Nous avons donc à préciser ce qu’entendent, exactement, les Anciens
lorsqu’ils disent, si l’on veut, que la Lune «ne tourne pas sur son
axe», ou, plus précisément, «qu’elle ne roule pas», et quelles
relations conceptuelles entretient ce «roulement» avec une «rotation».
Nous soupçonnons que s’impose, sur ce point, à nous, modernes, une
sérieuse mise au point sémantique. Il paraissait naturel à Aristote et
à ses contemporains qu’enchâssés en des sphères solides et
transparentes qui les entraînaient dans leurs révolutions, les astres
présentent toujours une même face vers la Terre. Il paraissait, de
même, naturel, aux contemporains de Galilée et de Boulliau, que la Lune
présente constamment le même hémisphère vers la Terre. Sans doute, le
cercle dans lequel la Lune accomplit sa révolution était excentrique à
la Terre, qui n’en occupait pas le centre, et cette excentricité du
cercle de la Lune était à l’origine d’une «libration» optique du globe
lunaire en longitude, dont nous avons vu Hevelius et Boulliau
rattacher, indépendamment, la quantité à celle de l’anomalie de la
Lune, tout comme nous verrons Riccioli regretter, à l’inverse, de ne la
pouvoir rattacher à celle de l’excentricité du cercle de la Lune, faute
d’avoir dissocié la libration en longitude, de la libration en
latitude. Mais il n’y avait, là, nulle inspiration vraiment nouvelle :
le recours aux excentriques, voire aux équants, était, à la fin du
moyen âge et à la Renaissance, un procédé courant dans l’astronomie
géométrique. La liberté avec laquelle celle-ci disposait de cercles
excentriques ou d’équants était l’exact corrélat de l’idée suivant
laquelle, en astronomie physique, l’astre ne possédait nul mouvement
propre ou inhérent, mais était simplement entraîné par la révolution de
la sphère dans laquelle il était serti. L’abandon des sphères solides a
pu avoir pour effet, à la fin du seizième siècle, de transférer,
physiquement, les mouvements célestes aux corps eux-mêmes, sous la
forme de mouvements de révolution ou de translation. Mais le concept de
ces mouvements de révolution et de translation ne pouvait toujours pas
se penser dans les termes d’une dynamique qui commençait à peine de se
constituer. La révolution dans laquelle s’accomplissait la translation
de l’astre pouvait, dès lors, retenir de nombreux traits d’un mouvement
naturel, circulaire et éternel. Le concept d’inertie n’étant pas
dégagé, on n’avait nulle idée d’accélération, ni de force centrifuge.
Nous avons beaucoup de difficultés à imaginer, aujourd’hui, qu’on
puisse penser la révolution d’un astre autrement que dans les équations
différentielles de son mouvement. Cependant, à l’origine, les
rénovateurs de l’astronomie géométrique n’étaient pas nécessairement
les mêmes que ceux de la dynamique et n’avaient nulle idée d’une
mécanique céleste.
Au sein de cette configuration
épistémologique instable, appelée à se modifier à mesure que seront
précisées les relations entre géométrie et mécanique, où les concepts
de force, d’accélération et d’inertie commencent, à peine, de se
dégager, les notions de révolution et de rotation ne sont pas, non
plus, nettement distinguées. La mécanique céleste entend, aujourd’hui,
par révolution, un mouvement de translation du mobile, par lequel
celui-ci occupe, successivement, des points différents, sur une droite,
ou sur une courbe, de translation. Mouvement de translation du mobile,
la révolution est entièrement distincte, dans son concept, de la
rotation, par laquelle un globe tourne sur lui-même. Sous l’effet de la
mécanique céleste, nous éprouvons, aujourd’hui, de grandes difficultés
à concevoir, comme les auteurs que nous commentons, la révolution d’un
astre de manière à lui faire prendre en charge des phénomènes dont
l’explication nous paraît revenir, naturellement, au concept de
rotation.
Nous voudrions nous appuyer, ici, sur
un texte de Dortous de Mairan, qui fait observer qu’on peut concevoir,
de deux manières, la révolution d’un corps sphérique (3). Soit, une section de ce corps, par un plan
quelconque passant par son centre, coupe la droite de translation
sous des angles toujours égaux entre eux, ainsi que, si la translation
se fait selon une courbe, les tangentes menées à celle-ci,
en des
points successifs, et l’on aura une révolution dite «de glissement» ;
soit, au contraire, elle fera, successivement, avec la droite de
translation ou avec les tangentes menées à la courbe, tous les angles
possibles, et l’on aura une révolution «de roulement» (4).
Les ingénieurs du grand siècle semblent donc avoir entendu, par
«glissement», le mouvement de translation d’une roue, d’une boule ou
d’un globe, dont un diamètre quelconque, ou une section par un plan
quelconque mené par son centre, conserve un angle constant, tantôt,
avec l’essieu, tantôt, avec la droite suivant laquelle se déplace le
centre de gravité du mobile, tantôt, si le mouvement se fait suivant
une courbe, avec les tangentes, en des points successifs, à la ligne de
translation. Inversement, on semble avoir entendu, par «roulement», le
mouvement de translation, au cours duquel le diamètre ou le plan de
section quelconques changent constamment les angles sous lesquels ils
coupent l’essieu ou la ligne de translation (5).
La question de savoir
si, dans ces conditions, le mouvement de la Lune doit être pensé dans
le concept d’une révolution «de glissement», ou «de roulement», doit
recevoir une réponse complexe. Les auteurs
considèrent que, dans son mouvement, la Lune est en équilibre, si un
même diamètre du globe lunaire, ou la section par un même plan mené par
son centre, passe constamment par le centre du mouvement moyen lunaire,
ou, encore, si, à l’égard de ce centre, un diamètre quelconque du
globe, ou une section par un plan quelconque mené par son centre,
conserve des relations constantes, un angle constant ou une inclinaison
constante. Il est clair qu’un tel diamètre, ou qu’un tel plan,
conserve, dans ces conditions, un angle constant, non seulement à
l’égard du centre de l’excentrique, qui est le centre du mouvement
moyen, mais encore à l'égard des tangentes, menées à l’excentrique, en chacun des
points qu’occupe, successivement, au cours de sa révolution, le centre
de la Lune. Il est non moins clair que, dans ces conditions, la Lune
présente, toujours, en gros, le même hémisphère vers le centre du
mouvement vrai lunaire, c’est-à-dire vers le centre de la Terre, si ce
n’est qu’elle présente, à son égard, une libration optique, dans le
plan de sa révolution, dont la quantité sera égale à la différence de
l’anomalie moyenne et de l’anomalie vraie, donc, à l’équation, et la
période, celle de sa révolution anomalistique. Cette double condition,
d’une libration en longitude proportionnelle à l’anomalie, et d’un
angle constant sous
lequel un diamètre quelconque du globe lunaire
rencontre, de ce fait, la droite menée, du centre du globe lunaire, au
centre de son mouvement moyen, étant satisfaite par leurs observations,
Hevelius et Boulliau concluent, indépendamment, que la Lune «ne tourne
pas sur elle-même», entendons que son mouvement doit être pensé dans le
concept d’une révolution «de glissement». D’une manière générale, une
enquête plus poussée semble confirmer que les contemporains s’accordent
à considérer que, dans l’hypothèse d’un excentrique lunaire sans
épicycle, la Lune «ne tourne pas sur son axe» (6).
Il en va autrement
lorsqu’on attribue, à la Lune, un épicycle. Pour qu’un diamètre
quelconque du globe lunaire conserve, dans ces nouvelles conditions, un
angle constant avec la droite menée, du centre de l’épicycle, au
centre du déférent, il faudra qu’inversement, il fasse, successivement,
tous les angles possibles avec la droite menée, du centre du globe
lunaire, au centre de l’épicycle. En d’autres termes, pour présenter
constamment le même hémisphère vers le centre du déférent, le globe
lunaire devra «tourner sur lui-même», avec une période égale à celle de
son mouvement en anomalie, entendu, ici, par opposition au mouvement en
longitude, au sens du mouvement de l’astre dans l’épicycle, et dans le
sens, direct, si l’épicycle est rétrograde, rétrograde, si l’épicycle
est direct. La Lune «tournera», donc, «sur elle-même», la différence
entre l’anomalie vraie, comptée au centre de la Terre, et l’anomalie
moyenne, comptée au centre de l’épicycle, pouvant toujours donner lieu,
le cas échéant, à une libration optique en longitude, d’une quantité
égale à l’équation (7).
La principale difficulté de cette dernière
conception réside dans l’obligation d’attribuer, ainsi, au globe
lunaire, deux révolutions, de sens contraires, mais de périodes égales.
Cette condition d’une égalité des périodes de deux révolutions
entièrement indépendantes l’une de l’autre, celle de la Lune, dans
l’épicycle, celle du globe lunaire, sur lui-même, répugne autant à la
raison que faisait, dans l’esprit de Salviati, celle du mouvement des
pôles du Soleil et de la révolution de cet astre autour de la Terre.
Ainsi, un passage de Buridan, cité et traduit par Duhem, remarquable
par l’analogie que présente la structure de son argumentation avec
celle qu’on trouve, trois siècles plus tard, chez Boulliau, s’appuie
sur cette difficulté, pour refuser l’hypothèse de l’épicycle lunaire.
Dans la traduction qu'en donne l'historien, ce passage se libelle comme
suit : «Il n’est, sachez le bien, qu’une seule échappatoire : elle
consiste à dire que, de même que l’épicycle se meut autour de son
propre centre, de même le corps de la Lune se meut autour de son
centre particulier, en sens contraire du mouvement de l’épicycle, et
avec la même vitesse; en sorte que la Lune accomplisse sa révolution
dans le temps même où l’épicycle accomplit la sienne.» (8).
Le cas de
Buridan présente de fortes analogies avec celui de Boulliau.
Appliquant, à la révolution de la Lune, dans l’épicycle, l’idée qu’un
astre présente, «naturellement», toujours la même face vers le centre
du cercle qu’il parcourt, Buridan est conduit, spontanément, à penser
cette révolution dans le concept d’une révolution de glissement. De ce
fait, un diamètre quelconque du globe lunaire, coupant, sous
un angle
constant, le rayon vecteur de l’astre, dans l’épicycle, coupera, au
contraire, sous des angles variables, le rayon vecteur de l’épicycle,
dans le déférent. Dans ces conditions, la Lune présentera,
successivement, toutes ses faces au centre du déférent, chose qui
répugne à l’expérience. Buridan ne peut oblitérer cette apparence d’une
révolution optique de la Lune sur elle-même qu’en invoquant une
révolution physique compensatrice, de même période et de sens
contraire, chose qui répugne à la raison. Il conclut, donc, que la Lune
n’a pas d’épicycle (9).
Dans le cas de Boulliau, les conditions sont,
sans doute, différentes, mais elles produisent les mêmes effets. Si
l'on admet que deux diamètres quelconques du globe de la Lune
définissent un plan qui conserve sa position dans un référentiel
inertiel, on est amené à introduire une rotation de la Lune dont la
période doit être celle de la révolution draconitique. Comme dans le
cas de Buridan, c’est l’égalité des périodes de révolution qui conduit
Boulliau à refuser ce modèle. Afin d’élider la difficulté que
représente, à ses yeux, l’hypothèse de l’égalité des périodes de deux
mouvements indépendants l’un de l’autre, Boulliau refuse l’idée qu’il
croit avoir été exprimée par Galilée, suivant laquelle un diamètre
quelconque du globe lunaire conserve des relations constantes dans un
référentiel inertiel.
Quelles que soient les objections plus ou moins sottes qu’on élève à
l’encontre de l’idée d’une égalité des périodes de révolution et de
rotation, et qu’on verra ressurgir, un siècle plus tard, à propos de la
coïncidence des équinoxes de la Lune avec ses nœuds : croyance au
hasard («Le hasard ne pourrait jamais faire que...»), ou, à l’inverse,
ce qui revient, du reste, au même, à la providence («Seule, la
providence pourrait faire que...»), la raison majeure du refus de
Boulliau d’envisager, à la fois, la conservation de la direction
initiale d’un diamètre quelconque du globe lunaire, et la révolution
compensatrice du globe sur lui-même, nous paraît, toutefois, résider
dans le cas d’analogie qu’offrent ces dispositions avec la théorie du
Soleil chez Scheiner. D’avoir percé à jour le paralogisme qui
consistait, chez Scheiner, suivi par Galilée, à attribuer, à l’axe du
Soleil, une révolution, dans le sens rétrograde et avec une période
égale à celle de la révolution du Soleil autour de la Terre, le fait
reculer devant ce qui lui apparaît, dans le cas de la Lune, comme une
situation analogue. Mais, en même temps, une pareille position sera à
l'origine d'un embarras profond de sa part lorsqu'il recevra, vers la
fin de 1654 ou dans les premiers jours de 1655, l'Epistola de Motu
Lunae libratorio de Hevelius. Sans doute, pas plus que Boulliau,
Hevelius n'admet une révolution de la Lune sur elle-même, mais la
doctrine que développe cette lettre conduit à une antinomie
insurmontable au sein du champ de représentations où se meut la pensée
des contemporains, pour des raisons que Hevelius n'aperçoit guère, mais
dont nous croyons percevoir l'écho dans la lettre de Boulliau à
Hevelius, datée du 23 juillet 1655, qui constitue sa réponse à l'envoi
de l'Epistola de Motu Lunae libratorio. Nous essaierons, prochainement,
de restituer l'origine de cette antinomie, dont l'histoire commence,
peut-être, dans une remarque de Galilée, dans une lettre à Frà
Fulgenzio Micanzio, du 7 novembre 1637 (10), relative à ce qu'il
appelle la libration annuelle.
(1) De Cœlo, II, 8, 290 a 25 sq. ; le commentaire de
Heath se trouve dans l'Aristarchus of Samos, Oxford, 1913, p. 235).
(2) Dialogo, Edizione nazionale, VII, p. 141-142.
(3) Mairan (Jean-Jacques Dortous de), «Recherches sur l’Equilibre de la
Lune dans son Orbite», Mémoires de l’Académie royale des sciences,
année 1747, p. 1-22.
(4) «Un corps se meut en roulant, lorsque, pendant que son centre de
gravité décrit une ligne droite ou courbe, ses autres points changent
continuellement de situation à l’égard de cette ligne dans un même
plan, et décrivent sur elle d’autres lignes qui la coupent ; & il
se meut en glissant, lorsque, pendant que son centre de gravité décrit
cette ligne, ses autres points décrivent des parallèles à celle-ci.»
(Mairan, mémoire cité, p. 5).
(5) «Je dis donc que les anciens Astronomes, Képler, & tous ceux
qui ont suivi son Astronomie jusqu’en 1675, ont entendu par un globe
qui tourne sur lui-même, sur son axe ou sur son centre, & qui
parcourt en même temps une ligne droite ou courbe, celui dont les
parties, considérées dans le plan d’un de ses grands cercles, &
dans la direction de son mouvement translatif, prennent successivement
toutes les positions possibles par rapport à cette ligne ; & au
contraire, par un globe qui ne tourne pas sur son centre ou sur son
axe, celui dont tous les diamètres quelconques conservent toûjours la
même position, & font toûjours le même angle avec cette ligne.»
(Mairan, mémoire cité, p. 5).
(6) Kepler, Epitomé Astronomiae copernicanae, seconde édition,
Francfort, 1635, t. II, p. 555 = Opera omnia, Francfort, 1866, t. VI,
p. 362 : «Luna non gyratur circa sui corporis axem, maculis id
arguentibus.» (Traduction : «La Lune n'accomplit aucune gyratio sur
l'axe de son corps, comme prouvent les taches.») ; Galileo, Dialogo, p.
90 : « (Sagredo) : Noi non veggiamo mai altro che la metà della Luna,
poiché ella non si rivolge in se stessa, come bisognerebbe per
potercisi tutta mostrare. (Salviati) : Purché questo non accaggia per
il contrario, cioè che il rigirarsi ella in se stessa sia cagione che
noi non veggiamo mai l'altra metà ; ché cosi sarebbe necessario che
fusse, quando elle avesse l'epiciclo.» ; traduction de la réplique : «
A moins que ce ne soit plutôt, là, l'effet du contraire, c'est-à-dire
que la raison pour laquelle nous ne voyons jamais l'autre moitié fût,
précisément, sa révolution sur elle-même, parce que c'est, là, ce qu'il
en serait, nécessairement, si elle avait son épicycle. » La remarque
est ironique à l'égard des Ptoléméens (comme prouve la présence de
l'article défini devant epiciclo) ; ceux-ci auraient besoin d'une
hypothèse invraisemblable, non pas celle de l'épicycle, sans doute,
mais celle de l'égalité de la période avec laquelle la Lune parcourt
cet épicycle et de la période avec laquelle elle devrait tourner sur
elle-même. Cette remarque anticipe celle de Salviati contre Scheiner,
dans la Terza Giornata. Galilée épouse la position de Buridan, et cela
prouve qu'il partage ses présupposés (cf. les deux notes suivantes).
(7) Scheiner, Rosa Ursina, IV, 2, 27, p. 739, col. 1, l. 10-11 :
«Etenim globum ipsius Lunae menstrue circa centrum suum converti certum
est ex eo, quod eandem semper faciem nobis convertat, & motu
epicyclari agatur.» (Traduction : «Et, de fait, que le globe de la
Lune, à son tour, accomplisse, tous les mois, une conversio sur son
centre est établi à partir du fait qu'elle tourne constamment la même
face vers nous, tout en étant animé d'un mouvement dans un épicycle.»)
; Gassendi, Institutio astronomica, II, 16, Opera omnia, t. IV, Lyon,
1658, p. 42 : «Cum Phases Lunae omnes demonstrent Lunam easdem semper
maculas Terrae obvertere, admittatur tamen eam volvi circa centrum
Epicycli, quo casu pars globi illius antica facta in Apogaeo deberet
Postica fieri in Perigaeo... Responsionem esse, idcirco id fieri, quod
ipsum Lunae corpus ita revolvatur circa sui centrum, ut quantum a motu
Epicycli avertitur, tantum a proprio convertatur.» (Traduction :
«Puisque les phases de la Lune montrent, toutes, nettement, que la Lune
présente constamment les mêmes taches vers la Terre et qu'on n'en
admet, pas moins, qu'elle accomplit une révolution autour du centre de
son Epicycle, et que, dès lors, la partie de ce globe qui devient la
face antérieure, dans l'Apogée, devrait devenir la face postérieure,
dans le Périgée... Il faut répondre <à cette objection> que la
raison pour laquelle les choses se passent ainsi est que le corps de la
Lune accomplit, à son tour, une révolution sur son centre à lui dans
des conditions telles qu'il tourne sur lui-même, par son mouvement à
lui, de la même quantité dont il est détourné de nous par le mouvement
de l'Epicycle.»), texte commenté en ces termes par Riccioli, Almagestum Novum, III, 4, 3, p. 99, col. 1: «De Lunae autem Vertigine non dubitat
Gassendus in institutione Astronomica lib. 2. ubi de Lunae Phasibus ;
ait enim Lunam easdem semper maculas Terrae obvertere, & tamen
iuxta omnes Auctores eam moveri in Epicyclo circa centrum Epicycli
delatum ab Eccentrico ; quo posito deberet pars anterior in Apogaeo
evadere posterior in Perigeo ; at conciliari haec, si ponatur motus
Vertiginis, quo tantum Lunaris globi convertatur, quantum motu Epicycli
avertitur.» (Traduction : «Gassendi n'hésite pas à admettre une Vertigo
de la Lune, dans l'Institution astronomique,
Livre II, où il traite les
Phases de la Lune ; il déclare, en effet, que la Lune tourne
constamment les mêmes taches vers la Terre et que, cependant, d'après
l'ensemble des auteurs, elle se meut dans un Epicycle, autour du centre
de cet Epicycle, emporté, à son tour, par un Excentrique ; or, d'après
ces données, la partie antérieure, à l'Apogée, devrait, au Périgée, se
dérober <et devenir> la partie postérieure, contradiction qui se
résout, si l'on suppose un mouvement de Vertigo, par lequel tourne sur
elle-même la même quantité du globe de la Lune qui est détournée de
nous par le mouvement de l'Epicycle.»). Nous faisons observer que les
deux premiers textes sont empruntés à des auteurs que leurs positions
idéologiques situent à l'extrême opposé l'un de l'autre, le premier
représentant la face la plus obscurantiste de l'école jésuite, tandis
que le second est un propagandiste héliocentrique et galiléen, cf. les
deux Epistolae de motu impresso a motore translato, de 1642, qui sont une illustration apologétique des arguments galiléens de la Seconda Giornata (et, malheureusement, aussi de la Terza Giornata,
avec, en plus, des erreurs d'interprétation inqualifiables et que
relèvera Riccioli) ; on fera remarquer, au passage, que ces deux
épîtres sont adressées aux frères Dupuy, qui étaient les protecteurs
d'Ismael Boulliau. On peut objecter que, dans le texte de l'Institutio,
qui reprend son enseignement au Collège des Lecteurs royaux, l'auteur
récite le catéchisme de l'astronomie officielle qu'il était payé pour
enseigner, sans développer sa pensée. Mais on ne nous ôtera pas de
l'esprit le soupçon que c'est Gassendi qui est visé par la remarque de
Boulliau, dans la lettre à Hevelius du 11 décembre 1648, relative à ses
«amis» qui lui ont fait supprimer, de l'Astronomia Philolaïca, la réfutation de l'argument galiléen des trajectoires des taches solaires.
(8) Le Système du monde, t. IV, p. 140. Raisonnement analogue dans une
Obiectio Fracastorii rapportée par Clavius, Christophori Clavii
Bambergensis In Sphaeram Ioannis de Sacro Bosco Commentarius, cité dans
la quatrième édition, Lyon, 1593, B. N., V.6112, p. 522 : «Si Luna
circumvolveretur in Epicyclo, non semper videremus eandem Lunae
medietatem, sed quando est in parte Epicycli inferiori, una nobis
appareret, & quando est in superiori parte, altera, ut in hac
apposita figura manifestum est. Nam dum Luna est in parte inferiori
Epicycli, apparebit nobis eius medietas, in qua lit<t>era A ; dum
vero versatur in parte superiori, obiicietur nobis altera medietas, in
qua lit<t>era B. Sed hoc est contra quotidianam experientiam.
Videmus enim perpetuo maculas Lunae ad nos vergere. Ex quo sequitur,
eandem nos semper medietatem intueri. Apparet igitur vanitas Epicycli
in Luna.» (Traduction : «Si la Lune accomplissait une révolution dans
un Epicycle, nous ne verrions pas constamment une même moitié de la
Lune, mais, au contraire, il s'en présenterait une, lorsqu'elle se
trouve dans la partie inférieure de l'Epicycle, et une autre,
lorsqu'elle se trouve dans la partie supérieure, comme l'on voit bien
dans la figure jointe. En effet, pendant que la Lune se trouve dans la
partie inférieure de l'Epicycle, c'est la moitié où se trouve la lettre
A qui se présentera à notre regard ; mais, pendant qu'elle se rencontre
dans sa partie supérieure, c'est l'autre moitié, où se trouve la lettre
B, qui sera sous nos yeux. Seulement, c'est, là, une chose qui va à
l'encontre d'une expérience qu'on peut faire tous les jours. Nous
voyons bien que les taches de la Lune sont toujours dirigées vers nous.
Il s'ensuit que nous regardons toujours la même moitié. On voit ainsi
l'inconsistance de l'Epicycle de la Lune.»). Rappelons que, pour
Fracastor, les planètes sont fixées dans des sphères homocentriques en
rotation uniforme, les inégalités étant, toutes, optiques et dues aux
phénomènes de réfraction provoqués lors du passage des rayons visuels
d’une sphère solide transparente à une autre.
(9) Cette conclusion reçoit sa signification dans un contexte où
s'opposent astronomie géométrique (ptoléméenne) et astronomie physique
(aristotélicienne). C'est l'opposition al-Zarqâli/al-Bitrûdji, ou, à
l'intérieur de l'œuvre même de Ptolémée, celle de la Syntaxis et des
Hypothèses.
(10) Lettre, ou, plutôt, fragment de lettre, car nous croyons que cette
lettre n'en fait qu'une avec celle du 5 novembre, adressée au même
destinaire, et qu'il ne s'agit, dans les deux cas, que des vestiges
d'un seul et même document ; cf. Edizione padovana, 1744, t. II, p.
554-555 et Edizione nazionale, t. XVII, p. 214-215.
oyseaulx |
19 h 07 |
Rubrique : études sçavantes
| Màj : 25/06/06 à 19 h 01
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