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Samedi 12 Janvier 2008.

Réponse à Ritoyenne, sur Badiou

26 novembre 2007

C'est un grand Monsieur.

Aussi ne ferai-je de réserve que sur un seul point : la pseudo-démocratie bourgeoise, avec son bicaméralisme et son exécutif en une personne date-t-elle vraiment de 1815 seulement (sans insister sur le fait qu'il vaudrait mieux retenir la date de 1814, puisque les Cent-Jours n'ont pas abrogé la Charte de 1814, simplement rebaptisée lois constitutionnelles de l'Empire et pourvue d'actes additionnels, mais ce point est très secondaire, même s'il est significatif pour la question posée) ? Il me semble qu'il faudrait remonter, au moins, jusqu'à Thermidor, puisque la constitution de 1795 remplit ne serait-ce que la première des deux conditions précédentes (bicaméralisme ; et voir le livre remarquable d'Albert Mathiez, la Réaction thermidorienne, qui vous en apprend plus que les fumigaisons du furet). Sans doute, la dictature du peuple était traversée de courants contradictoires, et l'élimination des hébertistes, quatre mois avant Thermidor, a privé Robespierre du seul soutien qui, à Thermidor, aurait pu sauver le régime populaire devant la Contre-Révolution. Mais ne pourrait-on pas voir, dans les muscadins du Directoire, les ancêtres de nos anti-bloqueurs, voire, si parva licet componere magnis, dans les Idéologues, ceux des pseudo-intellectuels qui se sont mis à la solde de la « Révolution » conservatrice depuis 1975, même s'ils s'inscrivent dans un rapport d'opposition avec les Concordataires qui s'imposeront sous le Consulat (voir le livre de Gusdorf et le cours récent de Macherey) ? Ne s'agit-il pas de deux formes, mêmes opposées, de libéralisme, celui de Stendhal et celui de Chateaubriand ? D'une façon plus générale, la Contre-Révolution de 1814 n'a-t-elle pas été préparée, sur le plan intellectuel, par Chateaubriand, pendant son exil anglais, et par son ami Fontanes, si bien qu'on peut voir, dans la signature du Concordat, en 1801, une préfiguration de l'alliance du trône et de l'autel (Fontanes haut fonctionnaire de l'Empire et Chateaubriand qui l'eût sans aucun doute été aussi sans l'exécution du duc d'Enghien) ? Et il me semble qu'on pourrait remonter encore plus haut, jusqu'à l'entourage du duc de Bourgogne du temps de Fénelon, et la filiation est directe de Boulainvilliers à Montlosier qu'un siècle pourtant sépare. Et l'importance accordée par Montesquieu (en qui je n'hésite pas à voir un réactionnaire) aux « corps intermédiaires » est une préfiguration exacte de nos politiciens de carrière. D'un autre côté, ce serait une erreur de voir la Restauration comme un bloc monolithique. La politique de Louis XVIII n'est pas celle de Charles X, comme les légitimistes ne sont pas les orléanistes. Tout lecteur de Balzac sait que le légitimisme ne signifie pas n'importe quelle forme de libéralisme. Enfin, le libéralisme économique ne s'accommode pas nécessairement toujours d'un libéralisme politique, comme montre le Second Empire.

oyseaulx | 05 h 10 | Rubrique : Réponses aux objections | Lu 240 fois

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