Il y plusieurs points sur lesquels je suis d'accord avec Paris 8. Lorsqu'on constate que, dans l'Université française actuelle, il ne se trouve pas un seul professeur ou maître de conférences d'histoire de la philosophie ancienne qui soit, simplement, capable de comprendre un texte écrit en grec ou même en latin sans se reporter à une traduction, voire lorsque cet avantage d'un accès direct aux textes n'est même pas apprécié à sa juste valeur dans les rapports d'audition des candidats à ces fonctions, je dis qu'il y a un problème. La trop célèbre collection dite Budé a peut-être plus contribué à l'illettrisme ambiant que les réformes stupides de l'enseignement primaire ou secondaire. La première chose qu'on demande à un historien est de savoir lire les textes sur lesquels il s'appuie.
Ensuite, on a bien l'impression que les postes d'histoire et de philosophie des sciences sont systématiquement attribués à des représentants de l'école dite analytique, et sur ce point encore je rejoins entièrement les critiques de Paris 8. Cette pensée qui nous vient d'où l'on sait peut amuser aussi longtemps qu'il s'agit de faire de la logique mathématique (mais, dans ce cas, je préfère faire de vraies mathématiques avec de vrais mathématiciens) ; en histoire des sciences, ses effets sont désastreux. Le livre de Thomas Kuhn sur la Révolution copernicienne peut représenter un cours amusant pour étudiants en première année, mais ses résultats historiques sont complètement dépassés. On sait, aujourd'hui, que la « Révolution copernicienne » n'a jamais existé et est une simple illusion rétrospective issue d'un évolutionnisme petit-bourgeois appliqué à l'histoire de sciences.
Je suis moins convaincu par l'aspect positif des interventions de Paris 8, qui me paraissent trahir un attachement quasiment transférentiel aux doctrines des autorités historiques de cette Université. L'analyse patiente des textes est sans doute plus porteuse de subversion qu'on ne semble soupçonner à Paris 8 et telle est peut-être une des limites de cette critique que bien des réalités affligeantes n'en justifient pas moins par ailleurs.